Foudre et
PATHOLOGIES LIEES A LA FOUDRE
Cours pour le diplôme universitaire de médecine et de secours en montagnea
Dr Elisabeth Gourbière
- Electropathologie & Kéraunopathologie -
Médecin Attaché au Service des Etudes Médicales dEDF et Gaz de France
22-28 rue Joubert -75009 Paris - elisabeth.gourbiere@edfgdf.fr
TEL. 01.55.31.46.05 - FAX : 01.55.31.46.20
figures placées en annexe (10 pages numérotées I à X), à la suite du texte
" Madame Sainte-Barbe,
De mauvais tonnerre,
Dieu nous garde. "
(dicton des Pyrénées)b
1. Introduction
Dans dautres pays, comme la France, notre fascination pour ce phénomène spectaculaire et effrayant, et toute la symbolique associée (puissance, célérité, lumière) sont habilement exploitées dans les messages publicitaires de certaines marques dautomobiles par exemple. Les populations rurales ont toujours su quelles devaient protéger leurs animaux et leurs biens des effets de la foudre, effets dévastateurs et économiquement catastrophiques. Mais les remèdes contre la foudre neurent pendant longtemps rien de rationnel... Ne se réunissait-on pas au Moyen-Age pour prier Dieu dans léglise du village chaque fois que la foudre approchait ? Pour réunir les habitants dun village, on devait sonner les cloches. Le fait de sonner les cloches était aussi et surtout censé faire cesser les orages et éloigner la foudre. Et cest ainsi que les sonneurs de cloches, mouraient régulièrement, foudroyés. Exposés en hauteur, dans un clocher (effet de pointe), les mains suspendues à une corde mouillée (conductrice), ils étaient vraiment des cibles " parfaites " pour la foudre (le courant sécoulant du clocher aux pieds du sonneur, en passant par la corde, les mains, et le corps entier) . On a fini par comprendre quil fallait cesser de sonner les cloches par temps dorage. Cela fut même interdit en France par un arrêté, après que Benjamin Franklin et les physiciens français eurent démontré en 1752 lorigine électrique de la foudre, et, un peu plus tard, lintérêt équiper les habitations dun paratonnerre, lui-même relié à la terre.
Depuis longtemps on sait que sabriter sous un arbre est dangereux par temps dorage. Pourtant cette circonstance de foudroiement relatée comme une des plus fréquentes au XIXème siècle arrive toujours en tête de liste en 1999. Sabriter sous un arbre est dautant plus dangereux que larbre est isolé et de grande hauteur. La foudre traverse le tronc et les branches puis - rencontrant sur son chemin une structure de faible résistance (le corps humain), elle emprunte au moins partiellement le trajet du corps humain.
La foudre, comme tout courant, est naturellement " paresseuse " ; elle frappe et traverse les structures qui lui opposent une moindre résistance.
En cas dorage, ce nest pas de la pluie dont il faut se méfier (et sabriter), mais du courant électrique de la foudre.
En ce qui concerne linteraction foudre-Homme, les idées fausses et reçues sont très nombreuses et népargnent pas le corps médical. Exemple didée fausse : Le coup de foudre serait mortel dans 100% des cas, alors quen réalité la majorité des foudroyés survivent. Autre exemple didée fausse : Un foudroyé qui ne meurt pas sur-le-champ est censé survivre sans complication ni séquelle et na donc pas besoin dêtre examiné et suivi. Or on estime que 3 survivants sur 4 ont des séquelles. Ces idées reçues et cette ignorance ont pour conséquence daggraver le pronostic des foudroiements.
Le foudroiement nest en général pas reconnu en tant que source de pathologies.
Ne pas reconnaître lexistence et lorigine dune expérience traumatisante telle que le foudroiement, cest (toujours) en aggraver les conséquences psychiques, cest (parfois) aussi en aggraver les éventuels problèmes médico-légaux. La méconnaissance de la nécessité du suivi de tout foudroyé, la méconnaissance du type de suivi à conseiller et des types de complications possibles, parfois tardives, ne facilitent pas la réinsertion des anciens foudroyés. Les médecins aujourdhui les mieux informés sur les effets de la foudre, et aussi les plus motivés, sont les médecins de lurgence (Samu, Smur service de santé des sapeurs-pompiers, services hospitaliers durgence et réanimation). Parmi le grand public, on constate souvent une sous-estimation du danger de la foudre, sous-estimation qui va de pair avec une négligence voire une méconnaissance des mesures élémentaires de protection.
La foudre est un phénomène physique que lon peut mesurer, simuler, détecter, prévoir.
On connaît aujourdhui des méthodes performantes de protection contre la foudre applicables aux habitations, installations électriques, et autres structures sensibles. La protection de lhomme en pleine nature consiste à adopter les comportements exposant au moindre risque, et fait appel à des règles simples et logiques, déduites des caractéristiques physiques de la foudre et de celles du corps humain.
Après cette introduction, la question logique du lecteur, étudiant ou praticien, serait la suivante :
Pourquoi les spécialistes de la foudre nont-ils pas pensé à pallier les insuffisances dans le domaine de linformation sur la foudre ?
Nous y avons, les uns et les autres, pensé et, en France, trois principaux projets sont susceptibles de concerner les médecins :
1. Association Protection Foudre créée fin 1993 (membres : ingénieurs et techniciens, et un médecin). Son objectif essentiel est linformation sur la protection des installations et habitations ; la contribution médicale a un caractère complémentaire (pour renseignements, utiliser les adresses du paragraphe 9, " références ")
2. Un projet de programme médical baptisé " Foudroyés en France " a été proposé en 1996, lors de la session " foudre et kéraunopathologie " du congrès national du Service de santé des sapeurs-pompiers (juin 1996, Angers) (cf. actes du symposium médical de la conférence internationale " Foudre et Montagne 97 " (Chamonix, juin 1997).
Objectifs : recenser les cas de foudroiement, améliorer les connaissances cliniques et moyens thérapeutiques, proposer un consensus diagnostique et thérapeutique, au stade de lurgence, et aux stades ultérieurs (suivi, détection et traitement des séquelles), élaborer une liste de critères dimputabilité facilitant lidentification dune relation de cause à effet en cas de séquelle(s) permanente(s).
Les objectifs tels que nous les avions programmés nont pas été atteints. Cependant, au moins deux consultations pluridisplinaires pour foudroyés ont été créées en France (cf. références paragraphe 9). Dautre part les travaux de recherche se sont intensifiés.
3. Un centre national dinformation sur la foudre,
-en cours de constitution-, devrait combler les nombreuses lacunes concernant linformation sur les effets de la foudre. Ce centre - très certainement opérationnel dès avril 2000 - fera lobjet dune campagne dinformation, sur lensemble du territoire, auprès de tous. Ce centre est présidé et " abrité " par Météorage. Il est animé par un groupe dexperts dans les domaines suivants : environnement, agriculture, industrie, sécurité des consommateurs, ingénierie, physique de la foudre (recherche), météorologie, médecine, médecine vétérinaire, assurances, sécurité civile, prévention des risques, etc. Le principe de ce centre, accessible 24h/24, sera détablir et maintenir un système déchange dinformations avec tous ceux qui manifesteront le besoin ou le désir dêtre informés et aidés. Les données (multiples) sur les foudroiements sont dispersées, ici et là, dans des organismes ou services de nature et compétence différente. Lobjectif du centre est de réunir, interpréter, et rendre disponible cette masse considérable dinformations.
2. Définitions
Les spécialistes des accidents électriques et foudroiements ont tenté détablir un consensus concernant le bon usage des termes médicaux relatifs à ces accidents.
- Electropathologie (electromedicine ou electropathology) :
terme introduit il y a environ un siècle, dabord en Autriche et en Allemagne, pour désigner une nouvelle discipline, relative à létude dun type daccident du travail, nouveau et relativement fréquent, - laccident électrique - , contemporain de linstallation des réseaux électriques de la fabrication massive de matériels et appareils électriques.
- Kéraunopathologie (keraunomedicine) (du grec kéraunos = foudre) :
terme introduit en Australie (1995), puis aux États-Unis et en France en 1995 (E. Gourbière). Létude de la pathologie liée à la foudre, jusqualors un sous-chapitre de lélectropathologie, a les caractéristiques dune discipline médicale à part entière.
- Electrisation ou accident électrique ou éléctrotraumatisme (electrical injury) :
passage, en général, accidentel de courant électrique à travers le corps et conséquences de ce passage. Pour quil y ait électrisation il faut que le courant circule entre deux points du corps (points de contact) suffisamment éloignés lun de lautre. Le corps constitue une résistance accidentellement incluse dans un circuit électrique. Daprès la loi dOhm, si U est la différence de potentiel, en volt, entre les deux points de contact, et R la résistance électrique, en ohm, du corps (la résistance varie selon la tension de contact), lintensité du courant traversant le corps est I exprimée en ampère.
U (volt, V) = R (ohm, W ) x I (ampère, A) - LOI DOHM -
Les effets dune électrisation sont variables selon lénergie électrique (W en joule, J) reçue par le corps.
Selon la loi dOhm (U = R x I ) et la loi de Joule (W (joule) = R x I² x t),
on peut écrire : W (J) = U (V) x I (A) x t (s)
Cette équation indique que les effets potentiels dune électrisation dépendent simultanément
- des conditions de lélectrisation (topographie et surface des points de contact, trajet du courant dans le corps, degré dhumidité du milieu, durée du passage de courant...).
- des caractéristiques propres au sujet, susceptibles de faire la résistance de son corps.
- des paramètres relatifs au courant (type et forme de courant).
Le courant de foudre est un courant de forme complexe, à composante impulsionnelle suivie dune composante dite persistante.
Le risque du passage de courant de foudre à travers le corps est au mieux appréciée par la valeur en joule par ohm (ou ampère carré . seconde) de lénergie spécifique du courant (intégrale daction ò i² . dt ).
- Electrocution (electrical death) :
électrisation dont lissue est mortelle, par effet direct du courant traversant le corps.
- Foudroiement (lightning injury):
en médecine, on appelle foudroiement tout accident, mortel ou non mortel, causé par la foudre et au cours duquel la victime est électrisée par le courant de foudre. Il faut éviter demployer les mots " foudroiement " / " foudroyer " / foudroyé " /... pour dautres électrisations que celles dues à la foudre. Une erreur fréquente consiste à utiliser le terme foudroiement pour " accident électrique mortel ". Un accident indirectement lié à la foudre nest pas un foudroiement.
- Le mot fulguration est souvent employé pour foudroiement ; cet emploi nest absolument pas incorrect sur le plan linguistique.
Mais comme fulguration est déjà utilisé en cardiologie (application dun choc électrique endocavitaire pour le traitement de certaines arythmies), nous conseillons de nutiliser que le mot foudroiement pour désigner un accident lié aux effets directs de la foudre.
3. Comment se produit un coup de foudre ?
phases dune décharge de foudre nuage-sol
Le nuage orageux constitue une masse énorme, le plus souvent de type cumulo-nimbus dont la forme rappelle celle dune enclume, et qui constitue un dipôle chargé positivement à sa partie supérieure, négativement à sa partie inférieure. Une poche positive peut coexister à la base du nuage (dans ce cas le nuage est un tripôle). Il existe plusieurs types déclairs (intra-nuage, inter-nuage, et nuage-sol). Nous ne nous intéressons ici quà léclair (ou décharge) entre le nuage et le sol. Cest cet éclair qui cause, au sol, les accidents humains et animaux, ainsi que les dégâts matériels.
Principe de la formation dun coup de foudre nuage - sol :
Un canal appelé traceur (leader en anglais), peu lumineux et peu ionisé, progresse dans lair entre le nuage orageux et le sol. Une fois que ce canal a relié le nuage au sol, un courant intense, de type impulsionnel, sécoule le long du pont conducteur préparé par le traceur. Ce courant intense est appelé arc en retour ; cest le courant de foudre ; et il progresse du sol au nuage
Les coups de foudre sont classés selon leur direction et leur polarité.
- La direction est celle du traceur : descendante ou ascendante. La polarité est celle des charges écoulées du nuage au sol : négative ou positive.
En France et autres pays européens tempérés, le coup de foudre descendant négatif est de loin le plus fréquent. On le prend donc comme type de description.
Lorsquil existe une aspérité élevée à la surface du sol, celle-ci a tendance à attirer la foudre par effet de pointe. Les coups de foudre qui frappent les structures de grande hauteur (gratte-ciel, sommets montagneux) sont volontiers de type ascendant, négatif ou positif. Les coups positifs sont beaucoup plus dangereux que les coups négatifs, car leur charge (de courant), Q, en coulombs ( C ), est en moyenne beaucoup plus élevée.
Phénomènes précurseurs de la foudre
Leffet couronne (corona) se manifeste juste avant que ne se produise la rupture diélectrique de lair entre nuage et sol (cf. note à la fin du paragraphe)* . Leffet couronne est dû à lamplification massive du champ électrique ; cet effet est notamment observé au sommet des aspérités (effet de pointe). Plus une aspérité est pointue plus le champ électrique à sa surface est élevé. Leffet couronne est un signe précurseur de la foudre qui se manifeste sous forme deffluves bleutées et crépitements au niveau des saillies et pointes. Les marins appelaient ces effluves au sommet des mâts de bateau, feux de Saint-Elme. En montagne, sur ou à proximité dune cime, les alpinistes observent un phénomène similaire signant limminence de la foudre : ce sont des aigrettes bleutées associées à un bruit dabeilles. Les cheveux qui " tirent " et se dressent sur le tête témoigne aussi de lélévation du champ électrique qui crée des forces électrostatiques. Ces phénomènes précurseurs en montagne sont remarquablement bien décrits dans le roman de Frison-Roche, " Premier de cordée ".
Note : * La rupture diélectrique de lair - (lair étant un très bon isolant)- se produit à partir dun champ électrique au sol dune valeur de 30 kV / cm (par comparaison la valeur du champ au sol par beau temps est de lordre de 100 à 150 V /m.).
Phases dune décharge descendante négative nuage-sol :
- Un traceur né des masses négatives du nuage orageux progresse par bonds (traceur par bonds / stepped leader) du nuage au sol (vitesse moyenne 200 km / s). La différence de potentiel entre base du nuage et sol peut atteindre 100 000 000 volts (108 V), pour une distance base du nuage -sol de 2000 m. Les traceurs par bonds ont des ramifications vers le bas.
- A lapproche du traceur vers le sol, le champ électrique au sol atteint des valeurs de lordre de 100 kV / m (jusquà 500 kV / m). Les effluves deffet couronne se transforment en traceurs ascendants ; ces traceurs sont en général issus dune saillie (arbre, tour, ou bien encore personne en position debout).
- Attachement du traceur par bonds et dune prédécharge ascendante.
- LArc en retour (return stroke), courant de court-circuit entre le nuage et le sol, sécoule du sol au nuage, dans le pont conducteur ainsi formé. Larc en retour est très lumineux, cest léclair que nous voyons en cas dorage (sauf si cet éclair est masqué par dépaisses précipitations, ce qui arrive parfois). Dans les cas typiques, larc en retour est continu, extrêmement rapide, car le front de londe traversant le canal ionisé est raide.
La vitesse de larc en retour est de lordre de 100 000 km /s (1/3 de la vitesse de la lumière).
Le point dimpact du coup de foudre est le point dorigine de la prédécharge ascendante.
La distance entre point dimpact et point de jonction est la distance damorçage.
A la suite de ce processus, on a trois possibilités :
1- Tout sarrête là ; cest un coup de foudre unique.
2- Plus souvent, en moyenne 4 phases similaires se produisent dans le même canal. La durée dun coup de foudre complet est en moyenne 0,2 à 2 s.
Dans un coup de foudre multiple, après la première décharge impulsionnelle, les décharges subséquentes sont précédées dun traceur continu ou trait pilote (dart leader) de plus brève durée et de plus faible amplitude que le traceur par bonds. Entre chaque décharge, et après la dernière, un courant persistant (quelques centaines dampères) peut continuer à sécouler par le canal ionisé pendant quelques dizaines à centaines de millisecondes. Les coups de foudre suivis de courants persistants (" hot " lightning) constituent des causes majeures de déclenchement de feux de forêts.
3- Il existe des variantes de la séquence décrite plus haut.
Parfois, le traceur descendant dun coup subséquent nemprunte pas le canal ionisé déjà formé, mais dévie en quelque sorte dans un canal voisin, entièrement différent. Dans ce cas, il existe aussi un autre point dimpact au sol, différent de limpact du coup initial. Dans dautres cas, plusieurs prédécharges ascendantes se connectent au même traceur descendant. Par conséquent, un seul et même coup de foudre peut avoir différents points dimpact au sol. Ce genre de coup de foudre est très dangereux puisquil peut frapper simultanément et de façon directe plusieurs personnes distantes lune de lautre. Il peut aussi frapper le toit dune maison simultanément en différents points. Lil humain peut détecter quun coup de foudre est multiple daprès laspect scintillant de léclair.
Le tonnerre
Le tonnerre est le son émis par la foudre et correspond en résumé à la surpression considérable du canal de foudre porté à très haute température. La foudre est toujours associée au tonnerre. Aussi lorsque des éclairs sont visibles, mais le tonnerre inaudible, cest que la foudre est loin, en pratique à plus de 10 km. Des paramètres autres que la distance interviennent aussi dans laudibilité du tonnerre (intensité du courant de foudre, conditions atmosphériques et topographiques). Lair du canal de foudre (arc en retour) atteint près de 30 000 °K (soit plus de deux fois la température de la surface du soleil). La pression considérable du canal entraîne une explosion brutale dabord sous forme dune onde de choc supersonique qui se déplace à une vitesse 10 fois supérieure à celle du son (soit : 3.103 m/s). Londe de choc évolue en onde acoustique; cest le tonnerre Le bruit du tonnerre varie (du claquement sec au grondement) et se propage à la vitesse du son (340 m/s, au niveau de la mer).
Lobservateur doit compter la durée (en secondes) entre éclair et tonnerre et diviser la trois pour obtenir la distance (en km) qui le sépare du canal de foudre.
4. Caractéristiques physiques de la décharge de foudre
Ce quil est convenu dappeler le courant de foudre est le courant de larc en retour décrit plus haut. Larc en retour cause des lésions parfois mortelles, et des dégâts matériels importants. La connaissance des caractéristiques physiques de ce courant est essentielle à la compréhension de ces lésions et dégâts ; elle est aussi la clé de voûte des méthodes et moyens de protection technique. Le courant de foudre (ou arc en retour) est un courant de type complexe.
Cas de la foudre négative descendante :
La première composante, impulsionnelle, a un front raide : Le pic (valeur de crête de lamplitude) de 30 kA (valeur médiane) est atteint en 1 µs. Lors de la phase de décroissance, il faut environ 100 µs pour atteindre la moitié de la valeur de crête ; puis la décroissance sachève par un courant de quelques centaines dampères pendant quelques millisecondes ou davantage. Les courants décroissants plus longs sappellent courant persistants (dizaines ou centaines de ms). Lénergie spécifique dune décharge peut atteindre 10 5 à 10 6 A². s (joules par ohm). La charge varie de 10 à 300 C (coulombs, ou A.s). Les caractéristiques des coups subséquents (en moyenne 1 ou 2) sont un peu différentes : temps de montée beaucoup plus bref (< 1 microseconde), durée de décroissance (" queue " de la décharge) beaucoup plus courte, et amplitude plus faible, de lordre de 20 kA au maximum.
Foudre positive :
Le coup de foudre positif (10 % des coups de foudres en France) comporte en général une seule impulsion de longue durée. Lamplitude de limpulsion dépasse souvent 100 kA (à lorigine de dégâts importants). Les coups positifs sont plus fréquents en hiver quen été. En été, ils se produisent plus volontiers si la latitude est haute et laltitude élevée.
5. Effets de la foudre
En ce qui concerne les effets directs sur lhomme, la foudre a :
- des effets électriques non thermiques sur les tissus traversés par le courant de foudre
- des effets électrothermiques (effet Joule) qui se manifestent à lintérieur du corps et surtout à lextérieur du corps (à sa surface)
- des effets explosifs (surpression par échauffement et vaporisation)
- des effets acoustiques
-- Les effets explosifs et acoustiques constituent leffet de souffle ou blast ; ils sont associés à des effets similaires à ceux dun barotraumatisme --
- La foudre a enfin des des effets lumineux
Les effets indirects de la foudre sur lhomme sont principalement liés aux traumatismes, par chute (suite à perte déquilibre, suite à leffet de surprise de la foudre, suite encore à la panique).
Les traumatismes peuvent aussi résulter de la chute de matériels ou objets sur la victime.
Les effets de la foudre sur les personnes peuvent être aggravés et compliqués par un environnement naturel périlleux (montagne, milieu aquatique), par des circonstances défavorables (groupe, ou pire : grand rassemblement), ou par des conditions météorologiques durablement défavorables.
6. Sévérité orageuse - comment localiser et détecter la foudre ?-
réseau national de détection et de localisation de la foudre ( METEORAGE)
Outre linformation prévisionnelle fournie par les services de Météo-France, nous disposons en France dun réseau exemplaire dinformation en temps réel et en temps passé sur la fréquence, la localisation et la détection des orages (Météorage).
La sévérité orageuse peut être appréciée (de façon grossière) par le niveau kéraunique dont la moyenne nationale varie de 27 à 34. Le tonnerre est entendu en moyenne une trentaine de jours par an en France.
A titre indicatif, en Floride le niveau kéraunique atteint 100, et il peut dépasser 180 à Singapour.
La France est divisée en deux par une ligne joignant Bordeaux à Strasbourg.
Les zones les plus souvent foudroyées sont situées au sud de cette ligne et tout particulièrement dans le sud-est.
La Bretagne au contraire est une des régions de France les moins souvent foudroyées.
La sévérité orageuse est plus précisément mesurée par la densité de coups de foudre au sol par km² et par an (densité de foudroiement). Elle est en France comprise entre 1 et 3.
Le principe du système de localisation de la foudre par Météorageg repose sur la détection de la direction du rayonnement électromagnétique de larc en retour. Le point dimpact du coup au sol correspondant est ensuite localisé par triangulation grâce aux données obtenues par deux, ou trois capteurs .
Dix-sept capteurs sont répartis sur le sol français et le traitement des données permet en temps réel de localiser avec précision la quasi-totalité des impacts au sol.
Pour information le sol français est frappé par 1 000 000 dimpacts en moyenne chaque année. Météorage est en mesure de fournir les caractéristiques des coups de foudre au sol (intensité du pic de limpulsion, polarité, direction ascendante ou descendante...).
Nous savons par Météorage que la majorité des coups de foudre sont négatifs ; cependant la fréquence des coups positifs (particulièrement dangereux) nest pas négligeable.
Nous savons aussi quil est erroné de croire que la foudre ne frappe que de mai en septembre, car la foudre frappe le sol toute lannée et en hiver les coups positifs sont relativement fréquents.
Durant lannée 1999, la foudre a déjà frappé plus de 1 000 000 de fois en date du 25/11/99.
Lannée la plus foudroyée entre 1990 et 1998 est lannée 1997 (1 228 592 impacts), immédiatement après 1994 (1 228 261 impacts).
Météorage peut fournir des informations extrêmement intéressantes, notamment :
- lévaluation du risque foudre sur un site donné permet au demandeur de prendre les mesures appropriées pour la protection permanente des personnes et des installations
- lalerte et la surveillance renseignent sur le risque à très court terme de foudroiement ; les personnes ou installations peuvent donc être épargnées grâce à des moyens et techniques adaptés, dont la mise en uvre peut être faite sans délai
- lexpertise est demandée lorsque lon souhaite établir -ou au contraire exclure- une relation de cause à effet entre un impact (ou plusieurs), et un accident faisant lobjet de litige(s).
7. Aspects statistiques, épidémiologiques, physiopathologiques et cliniques des foudroiements humains en France
7.1. Données statistiques
Décès
Les données sur les décès dus à la foudre sont issues de lINSEE -Institut National de la Statistique et des Etudes Economiques- (de 1942 à 1968), et de lINSERM -Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale- (à partir de 1968).
La presse quotidienne, régionale et nationale, constitue aussi une source très riche de données, puisquelle signale, pour ainsi dire en temps réel, la plupart des cas de foudroiement (en tout cas, tous ceux qui ont nécessité lintervention de secours durgence).
A la fin du 19è siècle en France, selon Le Grand Larousse du XIXè, le nombre annuel moyen de morts par la foudre était de lordre de 70.
A la fin du XXè siècle, il ne dépasse pas 10 (source : INSERM).
Même en admettant une sous-estimation du nombre de cas, le foudroiement apparaît comme un accident rare, dont lincidence des cas mortels a diminué durant le XXè siècle.
On constate, aux États-Unis, une décroissance des décès dus à la foudre tout à fait comparable, après standardisation sur la population.
En revanche, pour les cas non mortels, cette décroissance est de bien moindre importance.
Les deux principaux facteurs de décroissance des foudroiements mortels sont les modifications démographiques (exode rural) et le développement considérable de la médecine durgence. On admet aussi que les recommandations de protection sont actuellement mieux connues quelles ne létaient au siècle précédent.
La courbe des décès est par ailleurs très chaotique, et, même sur une courte période (durant les 19 dernières années, 1979-97), les différences entre année sont notables. Le dernier pic enregistré date de 1994 (15 décès). Lété 1994 a été chaud et orageux comme en témoigne le nombre exceptionnellement élevé dimpacts enregistrés cette année-là par Météorage (réseau national de localisation et détection des orages).
Foudroiements non mortels
Il est difficile de chiffrer avec exactitude le nombre de foudroiements non mortels en France.
Si lon se base sur le taux de mortalité actuellement admis (10%), on peut estimer que sur quelque 100 foudroyés par an en France, 90 survivent.
Selon les constatations cliniques publiées et ce que lon sait de la physique de la foudre, une des causes considérée comme la plus fréquente de décès immédiat par la foudre est lélectrocution par fibrillation ventriculaire. Il a été considéré que la probabilité moyenne de survenue dune fibrillation, et donc celle de décès, était de 30%. Cette probabilité sapplique aux coups de foudre directs, et ne tient pas compte des cas où les victimes sont secourues et réanimées efficacement.
Aujourdhui on a tendance à considérer que le risque de décès immédiat par la foudre est compris entre 10 et 20%.
Daprès M.A. Cooper , médecin durgence, spécialiste des foudroiements aux États-Unis, la mortalité serait plus vraisemblablement de 3 à 5%.
7.2. Données épidémiologiques
Les foudroiements humains se produisent le plus souvent à lextérieur. La plupart des gens savent quil est très dangereux de sabriter sous un arbre par temps orageux...Cest pourtant à proximité dun arbre que se produisent bon nombre daccidents.
Dans lensemble, les accidents se produisent
- à distance des zones dhabitation,
- au cours dactivités de sport, vacances et loisir,
- pendant les deux mois les plus orageux de lannée (juillet et surtout août) qui sont aussi les mois de vacances,
- avec prédilection dans les zones qui reçoivent en moyenne le plus grand nombre dimpacts au sol, au Sud dune ligne reliant Bordeaux et Strasbourg (le sud-est étant de loin la zone la plus foudroyée de France).
La cartographie des décès cumulés sur plusieurs années, répartis par département, est assez comparable à la carte départementale de lactivité orageuse, exprimée en densité de foudroiement.
Selon les données des années 1979-1997, les victimes de foudroiement mortel sont avant tout des adolescents et adultes jeunes (plus de 60% des cas), et de sexe masculin (82%).
Les foudroiements graves (décès ou séquelles cérébrales hypoxies) sont des accidents survenant en général dans des zones isolées et difficiles daccès (montagne).
Le fait dêtre seul, ou en compagnie dun témoin hors détat deffectuer les gestes de secourisme et dalerter un médecin, est un facteur aggravant.
Les foudroiements de groupes de personnes, proches les unes des autres au moment de limpact, peuvent revêtir les caractéristiques dune catastrophe médicale.
On dit, et cela est vrai, que la foudre frappe au hasard (on ne peut prédire quelle sera sa cible finale), mais il est aussi vrai que les personnes quelle frappe sont toujours en situation à risque (camping, randonnées à pied ou à vélo, sports de montagne...), constituant des cibles idéales.
Les foudroiements de personnes à lintérieur dune maison surviennent surtout en milieu rural, dans des circonstances particulières telles que lusage du téléphone.
Avant tout accident de sport et loisir, ou accident associé à une activité de la vie quotidienne, le foudroiement peut aussi être un accident du travail et dans ce cas, les branches dactivité les plus touchées sont le bâtiment et lagriculture.
7.3. Éléments de physiopathologie du foudroiement
Lemploi des termes corrects (voir : 2. Définitions) dont il est utile de connaître les équivalents anglais, facilite linterprétation des dossiers et comptes-rendus, dautant que les foudroiements risquent davoir des conséquences médico-légales (mort violente sans témoin, séquelles tardives chez les survivants).
Électrisation et électrocution sont des termes génériques, lun sapplique aux conséquences du passage de courant (quel quil soit) à travers le corps, lautre signifie électrisation mortelle. Un foudroiement est une électrisation par le courant de foudre. On précise " foudroiement mortel " en cas de décès directement lié à la foudre.
Le courant de foudre qui traverse le corps humain est larc en retour, courant issu de la connexion dun précurseur descendant du nuage orageux vers le sol et dune prédécharge ascendante, née au niveau de la partie la plus élevée et proéminente du corps. Nous nenvisageons que le cas de figure de loin le plus fréquent en France : le coup de foudre dit descendant, négatif, avec arc en retour.
Larc en retour est un courant impulsionnel très bref se terminant par un courant persistant. Le pic impulsionnel atteint (valeur médiane) 30 000 ampères (A).
On peut expliquer schématiquement le mode de foudroiement dune personne. Supposons quune personne, debout, pieds au sol, soit foudroyée.
Le trajet du courant à travers le corps seffectue entre les points dentrée / sortie du courant, localisés à la tête et aux pieds.
Décomposons de façon très simplifiée les événements qui se produisent à vitesse extrême :
a) Le courant traverse le corps dont la résistance totale en de telles conditions est faible, soit environ 300 ohms.
b) La différence de potentiel entre les deux points dentrée/sortie du courant (tête/pieds) atteint une valeur de 300 kilovolts (kV), qui correspond à peu près à un potentiel suffisant pour quun arc soit amorcé entre les deux points de contact, à lextérieur, à la surface du corps, entre peau et vêtements. Selon la loi dOhm, le corps est parcouru par une décharge impulsionnelle dont le pic atteint 1 000 A, en 1 ou 2 microsecondes.
c) La très grande majorité du courant sécoule tout naturellement dans larc de contournement externe qui vient dêtre amorcé (chemin de moindre résistance). La différence de potentiel entre les deux points de contact (tête-pieds) diminue et nest plus que de 3 kV environ. Selon la loi dOhm, le courant traversant le corps est donc au maximum de lordre de 10 A (en moyenne 3 ou 4 A), pendant au moins quelques millièmes de seconde.
Rappelons que cette séquence est simplifiée, car on devrait, pour être tout à fait exact, tenir compte du courant initial de la prédécharge ascendante (qui traverse pendant quelques dizaines de microsecondes le corps en cas de coup direct). De plus, il conviendrait de considérer quun coup de foudre peut être composé de plusieurs décharges successives, avec des courants persistants plus ou moins longs, de sorte que la durée totale dun foudroiement peut atteindre plusieurs dizaines ou centaines de millisecondes (jusquà une seconde).
Actuellement, nous retenons la conclusion suivante :
Lécoulement de la majeure partie du courant dans larc de contournement externe (donc à lextérieur du corps) et la durée en général très brève du passage de courant dans le corps ont un effet protecteur, limitant le risque de fibrillation ventriculaire et de brûlures électrothermiques internes.
Attention : Larc de contournement ne se produit que si le coup de foudre a une énergie suffisante. Par exemple, lors dun coup de foudre ascendant dénergie habituellement modérée, larc de contournement peut ne pas se produire ou se produire avec un certain délai. Les coups ascendants se produisent essentiellement sur les pics montagneux et les tours.
Tout foudroiement est associé à un effet de blast plus ou moins important et peut occasionner des traumatismes par projection et chute, parfois dun lieu élevé.
Les différents mécanismes physiques du foudroiement.
Larc de contournement que nous décrivons, pour plus de clarté, associé à un coup de foudre direct se produit aussi bien lors des foudroiements dits indirects, en particulier les foudroiements par éclair latéral et tension de contact.
Un quatrième mécanisme dont le rôle est important lors des foudroiements de groupes est la tension de pas.
Enfin, récemment, le champ magnétique de la foudre a été mis en cause par M. Cherington. Nous avions démontré (1997) que ce champ, dans les cas habituels, ne pouvait induire deffet dangereux sur lhomme.
- Le foudroiement direct :
Le courant de foudre sécoule entre un point proéminent du corps et les pieds en contact avec le sol ; le foudroiement peut se produire via un objet tenu à la main et brandi en lair, tel un parapluie.
La question de savoir sil faut retirer ou non les objets métalliques (bon conducteurs) portés sur le corps (et surtout sur le haut du corps) est souvent posée. En effet, on sait que la foudre (comme tout courant électrique) choisit le trajet de moindre résistance.
On recommande, par temps dorage, de poser à côté de soi tout objet métallique faisant saillie (porté sur le corps ou tenu à la main) - tel un piolet - car sa présence pourrait faciliter le passage du courant de foudre à travers le corps.
En ce qui concerne les autres objets, en particulier les bijoux portés au cou (chaîne), nous ne pensons pas utile de perdre du temps précieux à les quitter à lapproche de la foudre. Il est préférable dutiliser le court laps de temps dont on dispose à gagner une zone de moindre risque et se placer en position de sécurité (position accroupie ou couchée sur le côté, recroquevillée, jambes et pieds joints, tête rentrée dans les épaules, bras croisés au-dessus de la tête, ou fléchis avec mains sur les oreilles)
- le foudroiement par éclair latéral :
Ce type de coup de foudre se produit par exemple lorsquune personne sabrite sous un arbre, lui-même foudroyé ; le courant est alors dérivé du tronc darbre vers le corps de la personne.
- le foudroiement par tension de contact (ou tension de toucher) :
Ce type de foudroiement se produit lorsquune personne touche (ou sappuie contre) un objet conducteur lui-même traversé par le courant de foudre (il peut sagir dun tronc darbre, dune clôture, dune conduite métallique, etc.)
- le foudroiement par tension de pas :
Lorsque la foudre frappe le sol en un point, le courant sécoule dans le sol en créant un gradient de potentiel dautant plus important que la résistivité du sol est élevée.
Une personne debout, pieds au sol, est soumise à une différence de potentiel dautant plus élevée que lécart entre les pieds est important et que la distance par rapport au point dimpact est faible.
Ce mécanisme explique quun groupe de personnes dispersées sur un terrain (foot par exemple) soient simultanément foudroyées. Dans les cas les plus favorables, le courant passant dun membre inférieur à lautre produit ce quon appelle une kéraunoparalysie (voir plus loin).
Il faut se méfier de la tension de pas sur tous les types de terrain, accidentés ou non ;
il faut sen méfier aussi sur les plans deau.
Chez lanimal (quadrupède), ce mécanisme est très dangereux : la distance entre pattes avant et pattes arrière est relativement grande et le cur est situé sur le trajet du courant. Des troupeaux entiers peuvent être tuées par la seule tension de pas.
7.4. Manifestations cliniques
Les foudroiements ont été bien décrits cliniquement. Le médecin dispose dune série de repères pour affirmer le diagnostic de foudroiement. En revanche, la pathogénie de certaines complications et séquelles neurologiques et psychiques (les plus fréquentes) reste obscure, en tout cas discutée.
Le mécanisme du décès par foudroiement direct et le seuil létal en terme dénergie font toujours lobjet de recherches par les spécialistes.
Au fil de lénumération quelque peu impressionnante des lésions caractéristiques des foudroiements, se dessine le portrait du foudroyé qui est tout à la fois un électrisé, un blasté, un traumatisé, un brûlé, et un " choqué " (plan psychique).
7.4.1. Le décès par foudroiement
Le décès immédiat par foudroiement peut résulter de lun des trois mécanismes initiaux suivants, fibrillation ventriculaire, asystolie ou inhibition des centres respiratoires. Seule une réanimation cardiorespiratoire immédiate et efficace, relayée le plus rapidement possible par lintervention dune équipe médicalisée, peut sauver les victimes en arrêt cardiorespiratoire ou leur éviter les graves séquelles dune hypoxie cérébrale.
Parmi les causes de décès immédiat ou secondaire, on ne doit pas sous-estimer les effets du blast et des violents traumatismes sur lencéphale et/ou sur dautres organes (hémorragies, ischémie).
Le décès peut survenir secondairement, chez un blessé dont le coma saggrave, dans le cadre dune défaillance multisystémique.
7.4.2. Manifestations cardio-vasculaires et pulmonaires
A part larrêt cardiorespiratoire initial, le courant de foudre traversant le coeur, peut provoquer différents types darythmies ventriculaires et supraventriculaires. La fibrillation auriculaire, assez souvent citée, peut persister à titre de séquelle.
Les autres troubles fréquemment cités sont les anomalies tensionnelles, les anomalies électrocardiographiques quil sagisse de troubles transitoires et non spécifiques de la repolarisation, danomalies évoquant une ischémie-lésion sous-épicardique, ou même de réels infarctus avec onde Q de nécrose.
Une élévation modérée des enzymes (créatine phosphokinase, fraction MB,...) est possible en dehors de toute lésion cardiaque, compte tenu de la fréquence des traumatismes musculaires squelettiques.
Sur le plan pulmonaire, on décrit surtout des oedèmes (qui peuvent être dus au blast) et des contusions qui peuvent être graves.
7.4.3. Manifestations neurologiques et psychiques
Ces manifestations sont dune grande fréquence. Certaines sont immédiates et transitoires, dautres sont retardées et persistantes.
La perte de connaissance est très fréquente, de la perte de connaissance brève avec reprise spontanée à la perte de connaissance prolongée qui fait aussitôt penser à un arrêt cardiorespiratoire. Un coma prolongé en dépit de la réanimation intensive est généralement le fait dune encéphalopathie hypoxique.
Chez un foudroyé dont létat neurologique se détériore, le recours à limagerie cérébrale, à présent systématique, peut identifier une ischémie, un hématome intracrânien.
Des lésions du rachis, en particulier cervical, sont à rechercher systématiquement.
Des convulsions sont possibles en cas de foudroiement grave mais elles cessent avec lamélioration de létat.
De nombreux autres troubles neurologiques peuvent se manifester : syndromes douloureux, parésies, paresthésies, hémiplégie, tétraplégie, paraplégie, troubles du langage, ataxie cérébelleuse.
Une amnésie (plus souvent antérograde que rétrograde) associée à une confusion est fréquente et typique ; elle peut persister plusieurs jours.
Une très grande variété de symptômes tels que anxiété, agitation, sensation davoir été assommé, céphalées, troubles de lhumeur, du sommeil, phobie des orages, troubles de la personnalité, fatigue, troubles de la mémoire et de la concentration, troubles dépressifs, plaintes psychosomatiques diverses, peuvent se manifester dès le foudroiement et sorganiser en syndrome de stress post-traumatique qui nécessite une approche spécialisée et précoce et un soutien prolongé. La méconnaissance dun syndrome de stress post-traumatique ou une prise en charge par des non-spécialistes en aggrave les conséquences socioprofessionnelles et familiales. On a pu comparer ce syndrome de stress post-traumatique à celui des victimes dattentat.
Daprès une étude hollandaise récente, il semblerait que certains troubles neuropsychologiques ne répondant exactement aux critères du syndrome de stress post-traumatique et ne pouvant être rapportés à une hypoxie cérébrale, soient plutôt en relation avec une atteinte directe du système sympathique par le courant de foudre (dysrégulation sympathique).
Un autre trouble neurologique typique et fréquent chez le foudroyé est la kéraunoparalysie, paralysie complète et transitoire (quelques minutes ou heures) dun ou des deux membres inférieurs, voire des membres supérieurs, ou des quatre membres. Les pulsations artérielles ne sont plus perceptibles, la peau est froide, plus ou moins moite et marbrée.
Les kéraunoparalysies signent en général un mécanisme par tension de pas ; elles ne sont pas si bénignes que cela puisquelles peuvent occasionner des complications ou des accidents en série. Deux exemples suffiront : le nageur dont les quatre membres sont paralysés risque une noyade secondaire, le randonneur maintenu au sol, paralysé, demeure exposé à la foudre, et ne peut porter secours à ses compagnons...
Labsence damélioration de ce quon a supposé être une kéraunoparalysie doit orienter entre autres vers une atteinte médullaire.
Enfin, les myélopathies sont rares mais classiques. Elles se voient plutôt à la suite de foudroiements ayant des facteurs de gravité initiaux (perte de connaissance, brûlure céphalique...). Lapparition éventuellement insidieuse des troubles cliniques retarde le diagnostic. Labsence dimages anormales sur le scanner ou la RMN au début de lévolution est possible.
7.4.4. Brûlures et marques cutanées
Pour les raisons signalées plus haut, il est très rare si ce nest exceptionnel dêtre confronté à des brûlures internes (musculaires) similaires à celles que provoquent les électrisations par courant haute tension de fréquence industrielle (50/60 hertz).
Les brûlures présentes chez la plupart des foudroyés ont surtout un intérêt diagnostique puisquelles représentent, avec le marquage kéraunique, autant de signatures du courant interne de foudre et de larc de dérivation externe. Les brûlures suivantes sont typiques (surtout si elles sont associées entre elles) :
- Petites brûlures cutanées profondes, circonscrites (points dentrée ou sortie du courant)
- Brûlures linéaires superficielles, correspondant au passage à très grande vitesse de larc de contournement, localisées surtout aux parties du corps susceptibles dêtre humides
- Les brûlures par arc, plus étendues
- Brûlures dues au contact dobjets métalliques portés à haute température, tels que chaîne, bracelet, pièces de monnaie,...qui sont partiellement fondus, ou même vaporisés.
- Enfin, on classe à part les marques érythémateuses arborescentes en forme de feuille de fougère et auxquelles a été appliquée la théorie fractale. On les appelle aussi figures de Lichtenberg et elles sont pour ainsi dire pathognomoniques. Elles témoignent de lamorçage de larc de contournement externe et sont volontiers situées à la partie haute du corps. Elles ne blanchissent pas à la pression et disparaissent très rapidement.
7.4.5.Lésions par effet de blast et traumatismes
La lésion par blast la plus typique sinon la plus fréquente est la perforation du tympan, uni ou bilatérale (cf. lésions auditives).
La chute par projection violente de la victime est un effet du blast, tout à fait typique. Il est possible que nous sous-estimions son importance, dans les cas où manque un témoignage crédible.
Les fractures du crâne, du rachis ou des membres ne semblent pas très fréquentes, pourtant on ne saurait les exclure dune énumération des lésions typiques de la foudre.
Les lésions (dilacérations, contusions) des tissus mous et viscères intéressent aussi bien le coeur, les poumons, le cerveau que lintestin...Les hémorragies internes et ruptures dorgane jouent un rôle important dans les évolutions secondaires fatales.
Nous plaçons ici les dommages matériels associés aux lésions corporelles. Nous voulons parler des vêtements du foudroyé qui peuvent littéralement exploser sous leffet de lhyperpression brutale liée à larc qui sengouffre entre la peau et ceux-ci. Ils sont partiellement déchiquetés, déchirés, troués, et roussis et parfois franchement brûlés. Il en est de même des chaussures. La matériel transporté par le foudroyé peut aussi subir des dommages à examiner en détail. Pour terminer, les objets appartenant au foudroyé (vêtements, appareil photo, montre...) et structures de lenvironnement immédiat (tronc darbre...) devraient aussi être soigneusement examinés.
7.4.6. Troubles auditifs et oculaires
7.4.6.1.- Les lésions typiques de lappareil auditif
comprennent la perforation du tympan, des atteintes variables, responsables de surdité, des acouphènes, vertiges, et troubles de léquilibre. Certaines ruptures tympaniques seraient dues à la seule action du courant passant par le conduit auditif. Loreille, en tant quorifice naturel de la partie supérieure du corps, est en effet exposée à tous les effets de la foudre, et pas uniquement au blast. Lexamen complet de loreille du foudroyé est systématique.
7.4.6.2.- Parmi les lésions oculaires très variées, il faut retenir, les troubles visuels immédiats tels que la photophobie, les lésions conjonctivales et cornéennes (qui persistent parfois), les atteintes de la rétine (hémorragies, trou maculaire) et la très classique cataracte volontiers bilatérale dont la fréquence est peut-être sous-évaluée (latteinte cristallinienne étant progressive). Pour mémoire, les anomalies pupillaires initiales ne sont pas forcément péjoratives car elles pourraient être dues à une perturbation momentanée de linnervation intrinsèque (sympathique et parasympathique) de loeil.
Tout foudroyé doit avoir un examen oculaire complet et lon conseille un suivi régulier pendant au moins 18 mois.
Les foudroiements non mortels sont, dans la majorité des cas, compliqués de séquelles, principalement neuropsychiques et sensorielles.
8. Recommandations pour la prise en charge des foudroyés
Les recommandations essentielles ont été données lors de lénumération des principales complications des foudroiements. Nous rappelons quelques principes.
- Les foudroyés dont létat initial est grave (arrêt cardiorespiratoire) nécessitent naturellement des secours immédiats (réanimation cardiorespiratoire de base) et le relais doit être pris au plus vite par une équipe de secours médicalisée.
- Les principales difficultés de la prise en charge en urgence des foudroyés proviennent de lisolement du lieu de laccident, éloigné de toute habitation.
- Les foudroiements les plus graves sont très certainement ceux qui se produisent en montagne, en raison des lésions associées possibles dues aux chutes, au froid..., en raison aussi des difficultés daccès au lieu de laccident accrues par les conditions météorologiques défavorables.
- Le foudroiement dun groupe entier de personnes posent pratiquement les mêmes problèmes quune catastrophe médicale, surtout sil se produit en montagne.
- De façon générale, aucun foudroiement ne doit être considéré bénin. Des complications peuvent se manifester dans les 24 ou 48 heures, voire plus tard. Il faut en informer le patient, ses proches et son médecin traitant.
Même dans les cas dits " bénins ", il convient dexaminer complètement la victime, et de la surveiller (activement) au moins 24 heures en milieu hospitalier. Tout foudroyé doit être examiné sur les plans ophtalmologique et otologique avant sa sortie (détection danomalies, et intérêt de disposer dun dossier initial en cas de séquelles tardives).
- Dans tous les cas, le médecin durgence doit rechercher et noter des signes typiques de foudroiement.
On peut en général reconstituer les circonstances du foudroiement grâce à la victime et/ou aux témoins.
Dans certains cas, il peut être nécessaire de demander une expertise auprès de Météorage.
10. QUELQUES REFERENCES
y Sociétés savantes *
- Physique et protection foudre - Perturbations électromagnétiques (risque, moyens de protection) -
1=> Société des Electriciens et Electroniciens SEE
48 rue de la Procession 75724 Paris cedex 15 - Tél. 01.44.49.60.00
cercle SEE 25-50 " foudre "présidé par M. André Bonamy, Ingénieur -chercheur protection foudre- EDF, Direction des Etudes et Recherches, Les Laboratoires du Génie Electrique
Les Renardières, BP1, 77250 Moret-sur-Loing - tél 01.60.73.66.40.
2=>Association Protection Foudre (APF) (pour information/conseils de protection)
M. Jean Le Penven Président / M. Claude Gary**, Vice-Président
62 avenue de Wagram, 75017 Paris - Fax 01.47.66.80.68.
** M. C. Gary est conseiller scientifique honoraire à EDF
3=> Union Technique de lElectricité UTE (normes)
, 33 ave du Général Leclerc BP23, 92262 Fontenay-aux-Roses Cedex - Tél. 01.40.93.89.24
(Commission UTE/CEF 81, Protection Foudre présidée par A. Bonamy)
* Membre médical : E . Gourbière
y BIBLIOGRAPHIE
(liste non exhaustive douvrages et articles de synthèse ;
il existe par ailleurs dexcellents articles type cas cliniques + discussion daprès littérature rédigés en particulier par des équipes de Samu, cf actes du symposium médical des deux conférences internationales " Foudre et Montagne " 94 et 97, que lon peut se procurer auprès de la SEE)
y Références essentielles à létude physique de la foudre
1 - M.A. UMAN, " All about lightning ", 1986, Dover Publications Inc., USA, 167 pp.,
2 - C. GARY, " La foudre, histoire des connaissances, nature du phénomène, risques et mesures de protection ", 2è édition 1999, Masson Paris, 224 pp.
y Références plus spécialisées
1 - R.H. GOLDE " Lightning ", vol I " Physics of lightning " (1-496) , vol II " Lightning protection " (497-849), Academic Press, 1977, London
2 - D.R. MacGORMAN, W.D. RUST, " The electrical nature of storms ", 1998, Oxford University Press Inc, New York, 422 pp.
y Références médicales (physique+physiopathologie+ clinique+ thérapeutique + recommandations de protection)
1 - R.H. GOLDE, W.R. LEE, " Death by lightning ", Proc. IEE (IEE reviews), Oct. 1976, 123 (10 R) : 1163-1180.
2 - C.J. ANDREWS, M.A. COOPER, M. DARVENIZA, " Lightning injuries : Electrical, medical and legal aspects ", CRC Press, Boca Raton, Fla, USA, 1992, 195 pp.
3 - E. GOURBIERE, J. LAMBROZO , D. FOLLIOT, C. GARY, " Complications des accidents dus à la foudre ", dans Actes de Foudre et Montagne 1994 (conférence internationale SEE / CAF), 385-402 (1ère impression) ; ou dans Réan. Soins Intens. Méd.Urg. , 1995, 11(3) :138-161 (4ème impression).
4 - E . GOURBIERE, C. GARY " Secours aux foudroyés- Recommandations ", Brochure éditée par Association Protection Foudre, 42 pp, 1995 (vendue par APF, adresse plus haut).
5 - M.A. COOPER, C.J. ANDREWS " Lightning injuries " ch. 11 in Wilderness Medicine, P. Auerbach editor, 3rd edition, 1995, CV Mosby Company, St Louis, USA, pp. 261-288,
6 - Chapitre 5 " LA FOUDRE " (10 articles, par A ; Bonamy, E. Gourbière (3), F-X. Koch, Ch. Virenque, J. Foray, A. Desbois, H. Brugère, J-M. Schmauch) VIIIè Congrès National du Service de Santé Des Sapeurs Pompiers, (Pr J. Achard) -Angers, juin 1996 - pp 107-139.
7 - E. GOURBIERE, " Lightning injuries to humans in France ", 11th International Conference on Atmospheric Electricity (NASA), Guntersville, Al., USA, June 1999, 214-217.
y Traitement durgence uniquement
- M.A. Cooper, " Emergent care of lightning and electrical injuries ", Seminars in neurology, Sept. 1995, 15 (3) : 268-278.
y Recommandations individuelles de prudence
1 - 20 recommandations de prudence en cas dorage, dans annexes de louvrage de C. Gary (2è édition, 1999), pp. 203-207 - Ces recommandations sont également disponibles auprès de lAssociation Protection Foudre
2. - R.L. HOLLE, R.E. LOPEZ, CH. ZIMMERMANN , " Updated recommendations for lightning safety -1998 ", Bulletin of the American Meteorological Society, Oct. 1999, 80 (10) :2035-41.
y Météorologie (prévisions)
- Prévisions 08.36.68.02.+.. (code minéralogique du département)
- 3615 meteo
- Montagne et neige : 08.36.68.04.04
y Météorage (localisation/ détection des orages)
- http://www.meteorage.com/
- 3617 meteorage
y Consultations pluridisciplinaires
Deux directeurs de SAMU ont mis en place avec leur collaborateurs une consultation pluridisciplinaire pour foudroyés au sein de leur CHU :
- Pr Ch. VIRENQUE (SAMU 31)
- Dr Ph. MENTHONNEX (SAMU 38)
Les foudroyés sont pris en charge à tous les stades de lévolution par des spécialistes (cardiologue, neurologue, psychiatre...).
Voir annexe à la suite (figures annotées), pages I à X