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Foudre et PATHOLOGIES LIEES A LA FOUDRE

Foudre etPATHOLOGIES LIEES A LA FOUDRECours pour le diplôme universitaire de médecine et de secours en montagnea 

Dr Elisabeth Gourbière

– Electropathologie & Kéraunopathologie –

Médecin Attaché au Service des Etudes Médicales d’EDF et Gaz de France

22-28 rue Joubert -75009 Paris – elisabeth.gourbiere@edfgdf.fr

TEL. 01.55.31.46.05 – FAX : 01.55.31.46.20

figures placées en annexe (10 pages numérotées I à X), à la suite du texte” Madame Sainte-Barbe,De mauvais tonnerre,Dieu nous garde. “

La station météo: indispensable pour le suivi de la météo

Pour savoir et prévoir l’arrivée d’un orage et donc la foudre il est nécessaire d’avoir quelque équipement, rien de bien cher ou compliqué mais une station météo sans fil est souvent obligatoire.
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(dicton des Pyrénées)b1. Introduction

La foudre est un phénomène électrique atmosphérique naturel. Ses effets destructeurs sur l’homme, sur l’animal, ou sur les installations et habitations, ne sont étudiés et bien connus en pratique que par les spécialistes. 

La France est un des pays qui possède les chercheurs les plus brillants, de renommée mondiale, dans le domaine la physique de la foudre et des moyens techniques de protection. Les connaissances scientifiques de base sur la foudre font en revanche défaut à la majorité de la population. 

La foudre a très longtemps été associée à des pouvoirs divins ; les anciennes croyances mythiques et surnaturelles liées à la foudre sont d’une certaine façon encore présentes dans les esprits. D’ailleurs, le culte de la foudre et du saint auquel elle est liée, est encore aujourd’hui célébré avec ferveur dans certains pays (ex. : culte de Santiago en Bolivie).

Dans d’autres pays, comme la France, notre fascination pour ce phénomène spectaculaire et effrayant, et toute la symbolique associée (puissance, célérité, lumière) sont habilement exploitées dans les messages publicitaires de certaines marques d’automobiles par exemple. Les populations rurales ont toujours su qu’elles devaient protéger leurs animaux et leurs biens des effets de la foudre, effets dévastateurs et économiquement catastrophiques. Mais les remèdes contre la foudre n’eurent pendant longtemps rien de rationnel…

Ne se réunissait-on pas au Moyen-Age pour prier Dieu dans l’église du village chaque fois que la foudre approchait ? Pour réunir les habitants d’un village, on devait sonner les cloches. Le fait de sonner les cloches était aussi et surtout censé faire cesser les orages et éloigner la foudre. Et c’est ainsi que les sonneurs de cloches, mouraient régulièrement, foudroyés. Exposés en hauteur, dans un clocher (effet de pointe), les mains suspendues à une corde mouillée (conductrice), ils étaient vraiment des cibles ” parfaites ” pour la foudre (le courant s’écoulant du clocher aux pieds du sonneur, en passant par la corde, les mains, et le corps entier) . On a fini par comprendre qu’il fallait cesser de sonner les cloches par temps d’orage. Cela fut même interdit en France par un arrêté, après que Benjamin Franklin et les physiciens français eurent démontré en 1752 l’origine électrique de la foudre, et, un peu plus tard, l’intérêt équiper les habitations d’un paratonnerre, lui-même relié à la terre.

Depuis longtemps on sait que s’abriter sous un arbre est dangereux par temps d’orage. Pourtant cette circonstance de foudroiement relatée comme une des plus fréquentes au XIXème siècle arrive toujours en tête de liste en 1999. S’abriter sous un arbre est d’autant plus dangereux que l’arbre est isolé et de grande hauteur. La foudre traverse le tronc et les branches puis – rencontrant sur son chemin une structure de faible résistance (le corps humain), elle emprunte au moins partiellement le trajet du corps humain.

La foudre, comme tout courant, est naturellement ” paresseuse ” ; elle frappe et traverse les structures qui lui opposent une moindre résistance.

En cas d’orage, ce n’est pas de la pluie dont il faut se méfier (et s’abriter), mais du courant électrique de la foudre.

En ce qui concerne l’interaction foudre-Homme, les idées fausses et reçues sont très nombreuses et n’épargnent pas le corps médical. Exemple d’idée fausse : Le coup de foudre serait mortel dans 100% des cas, alors qu’en réalité la majorité des foudroyés survivent.  Autre exemple d’idée fausse  : Un foudroyé qui ne meurt pas sur-le-champ est censé survivre sans complication ni séquelle et n’a donc pas besoin d’être examiné et suivi. Or on estime que 3 survivants sur 4 ont des séquelles. Ces idées reçues et cette ignorance ont pour conséquence d’aggraver le pronostic des foudroiements.

Le foudroiement n’est en général pas reconnu en tant que source de pathologies.

Ne pas reconnaître l’existence et l’origine d’une expérience traumatisante telle que le foudroiement, c’est (toujours) en aggraver les conséquences psychiques, c’est (parfois) aussi en aggraver les éventuels problèmes médico-légaux. La méconnaissance de la nécessité du suivi de tout foudroyé, la méconnaissance du type de suivi à conseiller et des types de complications possibles, parfois tardives, ne facilitent pas la réinsertion des anciens foudroyés. Les médecins aujourd’hui les mieux informés sur les effets de la foudre, et aussi les plus motivés, sont les médecins de l’urgence (Samu, Smur service de santé des sapeurs-pompiers, services hospitaliers d’urgence et réanimation). Parmi le grand public, on constate souvent une sous-estimation du danger de la foudre, sous-estimation qui va de pair avec une négligence voire une méconnaissance des mesures élémentaires de protection.

La foudre est un phénomène physique que l’on peut mesurer, simuler, détecter, prévoir.

On connaît aujourd’hui des méthodes performantes de protection contre la foudre applicables aux habitations, installations électriques, et autres structures sensibles. La protection de l’homme en pleine nature consiste à adopter les comportements exposant au moindre risque, et fait appel à des règles simples et logiques, déduites des caractéristiques physiques de la foudre et de celles du corps humain.

Après cette introduction, la question logique du lecteur, étudiant ou praticien, serait la suivante :

Pourquoi les spécialistes de la foudre n’ont-ils pas pensé à pallier les insuffisances dans le domaine de l’information sur la foudre ?

Nous y avons, les uns et les autres, pensé et, en France, trois principaux projets sont susceptibles de concerner les médecins :

1. Association Protection Foudre créée fin 1993 (membres  : ingénieurs et techniciens, et un médecin). Son objectif essentiel est l’information sur la protection des installations et habitations ; la contribution médicale a un caractère complémentaire (pour renseignements, utiliser les adresses du paragraphe 9, ” références “)

2. Un projet de programme médical baptisé ” Foudroyés en France ” a été proposé en 1996, lors de la session ” foudre  et kéraunopathologie ” du congrès national du Service de santé des sapeurs-pompiers (juin 1996, Angers) (cf. actes du symposium médical de la conférence internationale ” Foudre et Montagne 97 ” (Chamonix, juin 1997).

Objectifs : recenser les cas de foudroiement, améliorer les connaissances cliniques et moyens thérapeutiques, proposer un consensus diagnostique et thérapeutique, au stade de l’urgence, et aux stades ultérieurs (suivi, détection et traitement des séquelles), élaborer une liste de critères d’imputabilité facilitant l’identification d’une relation de cause à effet en cas de séquelle(s) permanente(s).

Les objectifs tels que nous les avions programmés n’ont pas été atteints. Cependant, au moins deux consultations pluridisplinaires pour foudroyés ont été créées en France (cf. références paragraphe 9). D’autre part les travaux de recherche se sont intensifiés.

3. Un centre national d’information sur la foudre,

-en cours de constitution-, devrait combler les nombreuses lacunes concernant l’information sur les effets de la foudre. Ce centre – très certainement opérationnel dès avril 2000 – fera l’objet d’une campagne d’information, sur l’ensemble du territoire, auprès de tous. Ce centre est présidé et ” abrité ” par Météorage.  Il est animé par un groupe d’experts dans les domaines suivants : environnement, agriculture, industrie, sécurité des consommateurs, ingénierie, physique de la foudre (recherche), météorologie, médecine, médecine vétérinaire, assurances, sécurité civile, prévention des risques, etc.  Le principe de ce centre, accessible 24h/24, sera d’établir et maintenir un système d’échange d’informations avec tous ceux qui manifesteront le besoin ou le désir d’être informés et aidés. Les données (multiples) sur les foudroiements sont dispersées, ici et là, dans des organismes ou services de nature et compétence différente. L’objectif du centre est de réunir, interpréter, et rendre disponible cette masse considérable d’informations.2. Définitions

Les spécialistes des accidents électriques et foudroiements ont tenté d’établir un consensus concernant le bon usage des termes médicaux relatifs à ces accidents.

– Electropathologie  (electromedicine ou electropathology) :

terme introduit il y a environ un siècle, d’abord en Autriche et en Allemagne, pour désigner une nouvelle discipline, relative à l’étude d’un type d’accident du travail, nouveau et relativement fréquent, – l’accident électrique – , contemporain de l’installation des réseaux électriques de la fabrication massive de matériels et appareils électriques.

– Kéraunopathologie (keraunomedicine) (du grec kéraunos = foudre) :

terme introduit en Australie (1995), puis aux États-Unis et en France en 1995 (E. Gourbière). L’étude de la pathologie liée à la foudre, jusqu’alors un sous-chapitre de l’électropathologie, a les caractéristiques d’une discipline médicale à part entière.

– Electrisation  ou accident électrique ou éléctrotraumatisme (electrical injury) :

passage, en général, accidentel de courant électrique à travers le corps et conséquences de ce passage. Pour qu’il y ait électrisation il faut que le courant circule entre deux points du corps (points de contact) suffisamment éloignés l’un de l’autre.   Le corps constitue une résistance accidentellement incluse dans un circuit électrique. D’après la loi d’Ohm, si U est la différence de potentiel, en volt, entre les deux points de contact, et R la résistance électrique, en ohm, du corps (la résistance varie selon la tension de contact), l’intensité du courant traversant le corps est I exprimée en ampère.

U (volt, V) = R (ohm, W ) x I (ampère, A) – LOI D’OHM –

Les effets d’une électrisation sont variables selon l’énergie électrique (W en joule, J) reçue par le corps.Selon la loi d’Ohm (U = R x I ) et la loi de Joule (W (joule) = R x I² x t),

on peut écrire : W (J) = U (V) x I (A) x t (s)

Cette équation indique que les effets potentiels d’une électrisation dépendent simultanément

– des conditions de l’électrisation (topographie et surface des points de contact, trajet du courant dans le corps, degré d’humidité du milieu, durée du passage de courant…).

– des caractéristiques propres au sujet, susceptibles de faire la résistance de son corps.

– des paramètres relatifs au courant (type et forme de courant).

Le courant de foudre est un courant de forme complexe, à composante impulsionnelle suivie d’une composante dite persistante.

Le risque du passage de courant de foudre à travers le corps est au mieux appréciée par la valeur en joule par ohm (ou ampère carré . seconde) de l’énergie spécifique du courant (intégrale d’action ò i² . dt ).

– Electrocution (electrical death) :

électrisation dont l’issue est mortelle, par effet direct du courant traversant le corps.

– Foudroiement (lightning injury):

en médecine, on appelle foudroiement tout accident, mortel ou non mortel, causé par la foudre et au cours duquel la victime est électrisée par le courant de foudre. Il faut éviter d’employer les mots ” foudroiement ” / ” foudroyer ” / foudroyé ” /… pour d’autres électrisations que celles dues à la foudre. Une erreur fréquente consiste à utiliser le terme foudroiement pour ” accident électrique mortel “.  Un accident indirectement lié à la foudre n’est pas un foudroiement.

– Le mot fulguration est souvent employé pour foudroiement ; cet emploi n’est absolument pas incorrect sur le plan linguistique.

Mais comme fulguration est déjà utilisé en cardiologie (application d’un choc électrique endocavitaire pour le traitement de certaines arythmies), nous conseillons de n’utiliser que le mot foudroiement pour désigner un accident lié aux effets directs de la foudre.3. Comment se produit un coup de foudre ?

phases d’une décharge de foudre nuage-sol

Le nuage orageux constitue une masse énorme, le plus souvent de type cumulo-nimbus dont la forme rappelle celle d’une enclume, et qui constitue un dipôle chargé positivement à sa partie supérieure, négativement à sa partie inférieure. Une poche positive peut coexister à la base du nuage (dans ce cas le nuage est un tripôle). Il existe plusieurs types d’éclairs (intra-nuage, inter-nuage, et nuage-sol). Nous ne nous intéressons ici qu’à l’éclair (ou décharge) entre le nuage et le sol. C’est cet éclair qui cause, au sol, les accidents humains et animaux, ainsi que les dégâts matériels.

Principe de la formation d’un coup de foudre nuage – sol :

Un canal appelé traceur (leader en anglais), peu lumineux et peu ionisé, progresse dans l’air entre le nuage orageux et le sol.  Une fois que ce canal a relié le nuage au sol, un courant intense, de type impulsionnel, s’écoule le long du pont conducteur préparé par le traceur. Ce courant intense est appelé arc en retour ; c’est le courant de foudre ; et il progresse du sol au nuage

Les coups de foudre sont classés selon leur direction et leur polarité.

– La direction est celle du traceur  : descendante ou ascendante. La polarité est celle des charges écoulées du nuage au sol : négative ou positive.

En France et autres pays européens tempérés, le coup de foudre descendant négatif est de loin le plus fréquent. On le prend donc comme type de description.

Lorsqu’il existe une aspérité élevée à la surface du sol, celle-ci a tendance à attirer la foudre par effet de pointe. Les coups de foudre qui frappent les structures de grande hauteur (gratte-ciel, sommets montagneux) sont volontiers de type ascendant, négatif ou positif. Les coups positifs sont beaucoup plus dangereux que les coups négatifs, car leur charge (de courant), Q, en coulombs ( C ), est en moyenne beaucoup plus élevée.

Phénomènes précurseurs de la foudre

L’effet couronne (corona) se manifeste juste avant que ne se produise la rupture diélectrique de l’air entre nuage et sol (cf. note à la fin du paragraphe)* . L’effet couronne est dû à l’amplification massive du champ électrique ; cet effet est notamment observé au sommet des aspérités (effet de pointe). Plus une aspérité est pointue plus le champ électrique à sa surface est élevé. L’effet couronne est un signe précurseur de la foudre qui se manifeste sous forme d’effluves bleutées et crépitements au niveau des saillies et pointes. Les marins appelaient ces effluves au sommet des mâts de bateau, feux de Saint-Elme. En montagne, sur ou à proximité d’une cime, les alpinistes observent un phénomène similaire signant l’imminence de la foudre : ce sont des aigrettes bleutées associées à un bruit d’abeilles. Les cheveux qui ” tirent ” et se dressent sur le tête témoigne aussi de l’élévation du champ électrique qui crée des forces électrostatiques. Ces phénomènes précurseurs en montagne sont remarquablement bien décrits dans le roman de Frison-Roche, ” Premier de cordée “.

Note : * La rupture diélectrique de l’air – (l’air étant un très bon isolant)- se produit à partir d’un champ électrique au sol d’une valeur de 30 kV / cm (par comparaison la valeur du champ au sol par beau temps est de l’ordre de 100 à 150 V /m.).

Phases d’une décharge descendante négative nuage-sol :

– Un traceur né des masses négatives du nuage orageux progresse par bonds (traceur par bonds / stepped leader) du nuage au sol (vitesse moyenne 200 km / s).  La différence de potentiel entre base du nuage et sol peut atteindre 100 000 000 volts (108 V), pour une distance base du nuage -sol de 2000 m. Les traceurs par bonds ont des ramifications vers le bas.

– A l’approche du traceur vers le sol, le champ électrique au sol atteint des valeurs de l’ordre de 100 kV / m (jusqu’à 500 kV / m). Les effluves d’effet couronne se transforment en traceurs ascendants ; ces traceurs sont en général issus d’une saillie (arbre, tour, ou bien encore personne en position debout).

– Attachement du traceur par bonds et d’une prédécharge ascendante.

– L’Arc en retour (return stroke), courant de court-circuit entre le nuage et le sol, s’écoule du sol au nuage, dans le pont conducteur ainsi formé. L’arc en retour est très lumineux, c’est l’éclair que nous voyons en cas d’orage (sauf si cet éclair est masqué par d’épaisses précipitations, ce qui arrive parfois).   Dans les cas typiques, l’arc en retour est continu, extrêmement rapide, car le front de l’onde traversant le canal ionisé est raide.

La vitesse de l’arc en retour est de l’ordre de 100 000 km /s (1/3 de la vitesse de la lumière).

Le point d’impact du coup de foudre est le point d’origine de la prédécharge ascendante.

La distance entre point d’impact et point de jonction est la distance d’amorçage.

A la suite de ce processus, on a trois possibilités :

1- Tout s’arrête là ; c’est un coup de foudre unique.

2- Plus souvent, en moyenne 4 phases similaires se produisent dans le même canal. La durée d’un coup de foudre complet est en moyenne 0,2 à 2 s.

Dans un coup de foudre multiple, après la première décharge impulsionnelle, les décharges subséquentes sont précédées d’un traceur continu ou trait pilote (dart leader) de plus brève durée et de plus faible amplitude que le traceur par bonds. Entre chaque décharge, et après la dernière, un courant persistant (quelques centaines d’ampères) peut continuer à s’écouler par le canal ionisé pendant quelques dizaines à centaines de millisecondes. Les coups de foudre suivis de courants persistants (” hot ” lightning) constituent des causes majeures de déclenchement de feux de forêts.

3- Il existe des variantes de la séquence décrite plus haut.

Parfois, le traceur descendant d’un coup subséquent n’emprunte pas le canal ionisé déjà formé, mais dévie en quelque sorte dans un canal voisin, entièrement différent.   Dans ce cas, il existe aussi un autre point d’impact au sol, différent de l’impact du coup initial. Dans d’autres cas, plusieurs prédécharges ascendantes se connectent au même traceur descendant. Par conséquent, un seul et même coup de foudre peut avoir différents points d’impact au sol.  Ce genre de coup de foudre est très dangereux puisqu’il peut frapper simultanément et de façon directe plusieurs personnes distantes l’une de l’autre.   Il peut aussi frapper le toit d’une maison simultanément en différents points. L’œil humain peut détecter qu’un coup de foudre est multiple d’après l’aspect scintillant de l’éclair.

Le tonnerre

Le tonnerre est le son émis par la foudre et correspond en résumé à la surpression considérable du canal de foudre porté à très haute température. La foudre est toujours associée au tonnerre. Aussi lorsque des éclairs sont visibles, mais le tonnerre inaudible, c’est que la foudre est loin, en pratique à plus de 10 km. Des paramètres autres que la distance interviennent aussi dans l’audibilité du tonnerre (intensité du courant de foudre, conditions atmosphériques et topographiques). L’air du canal de foudre (arc en retour) atteint près de 30 000 °K (soit plus de deux fois la température de la surface du soleil).  La pression considérable du canal entraîne une explosion brutale d’abord sous forme d’une onde de choc supersonique qui se déplace à une vitesse 10 fois supérieure à celle du son (soit : 3.103 m/s). L’onde de choc évolue en onde acoustique; c’est le tonnerre  Le bruit du tonnerre varie (du claquement sec au grondement) et se propage à la vitesse du son (340 m/s, au niveau de la mer).

L’observateur doit compter la durée (en secondes) entre éclair et tonnerre et diviser la trois pour obtenir la distance (en km) qui le sépare du canal de foudre.

4. Caractéristiques physiques de la décharge de foudre

Ce qu’il est convenu d’appeler le courant de foudre est le courant de l’arc en retour décrit plus haut.  L’arc en retour cause des lésions parfois mortelles, et des dégâts matériels importants. La connaissance des caractéristiques physiques de ce courant est essentielle à la compréhension de ces lésions et dégâts ; elle est aussi la clé de voûte des méthodes et moyens de protection technique. Le courant de foudre (ou arc en retour) est un courant de type complexe.

Cas de la foudre négative descendante :

La première composante, impulsionnelle, a un front raide : Le pic (valeur de crête de l’amplitude) de 30 kA (valeur médiane) est atteint en 1 µs. Lors de la phase de décroissance, il faut environ 100 µs pour atteindre la moitié de la valeur de crête ; puis la décroissance s’achève par un courant de quelques centaines d’ampères pendant quelques millisecondes ou davantage. Les courants décroissants plus longs s’appellent courant persistants (dizaines ou centaines de ms). L’énergie spécifique d’une décharge peut atteindre 10 à10 6 A². s (joules par ohm). La charge varie de 10 à 300 C (coulombs, ou A.s). Les caractéristiques des coups subséquents (en moyenne 1 ou 2) sont un peu différentes : temps de montée beaucoup plus bref (< 1 microseconde), durée de décroissance (” queue ” de la décharge) beaucoup plus courte, et amplitude plus faible, de l’ordre de 20 kA au maximum.

Foudre positive  :

Le coup de foudre positif (10 % des coups de foudres en France) comporte en général une seule impulsion de longue durée. L’amplitude de l’impulsion dépasse souvent 100 kA (à l’origine de dégâts importants). Les coups positifs sont plus fréquents en hiver qu’en été. En été, ils se produisent plus volontiers si la latitude est haute et l’altitude élevée.5. Effets de la foudre En ce qui concerne les effets directs sur l’homme, la foudre a :- des effets électriques non thermiques sur les tissus traversés par le courant de foudre- des effets électrothermiques (effet Joule) qui se manifestent à l’intérieur du corps et surtout à l’extérieur du corps (à sa surface)- des effets explosifs (surpression par échauffement et vaporisation)- des effets acoustiques– Les effets explosifs et acoustiques constituent l’effet de souffle ou blast ; ils sont associés à des effets similaires à ceux d’un barotraumatisme — La foudre a enfin des des effets lumineux Les effets indirects de la foudre sur l’homme sont principalement liés aux traumatismes, par chute (suite à perte d’équilibre, suite à l’effet de surprise de la foudre, suite encore à la panique).Les traumatismes peuvent aussi résulter de la chute de matériels ou objets sur la victime. 

Les effets de la foudre sur les personnes peuvent être aggravés et compliqués par un environnement naturel périlleux (montagne, milieu aquatique), par des circonstances défavorables (groupe, ou pire : grand rassemblement), ou par des conditions météorologiques durablement défavorables.6. Sévérité orageuse – comment localiser et détecter la foudre ?-réseau national de détection et de localisation de la foudre ( METEORAGE)

Outre l’information prévisionnelle fournie par les services de Météo-France, nous disposons en France d’un réseau exemplaire d’information en temps réel et en temps passé sur la fréquence, la localisation et la détection des orages (Météorage).

La sévérité orageuse peut être appréciée (de façon grossière) par le niveau kéraunique dont la moyenne nationale varie de 27 à 34. Le tonnerre est entendu en moyenne une trentaine de jours par an en France.

A titre indicatif, en Floride le niveau kéraunique atteint 100, et il peut dépasser 180 à Singapour.

La France est divisée en deux par une ligne joignant Bordeaux à Strasbourg.

Les zones les plus souvent foudroyées sont situées au sud de cette ligne et tout particulièrement dans le sud-est.

La Bretagne au contraire est une des régions de France les moins souvent foudroyées.

La sévérité orageuse est plus précisément mesurée par la densité de coups de foudre au sol par km² et par an (densité de foudroiement). Elle est en France comprise entre 1 et 3.

Le principe du système de localisation de la foudre par Météorageg repose sur la détection de la direction du rayonnement électromagnétique de l’arc en retour. Le point d’impact du coup au sol correspondant est ensuite localisé par triangulation grâce aux données obtenues par deux, ou trois capteurs .

Dix-sept capteurs sont répartis sur le sol français et le traitement des données permet en temps réel de localiser avec précision la quasi-totalité des impacts au sol.

Pour information le sol français est frappé par 1 000 000 d’impacts en moyenne chaque année. Météorage est en mesure de fournir les caractéristiques des coups de foudre au sol (intensité du pic de l’impulsion, polarité, direction ascendante ou descendante…).

Nous savons par Météorage que la majorité des coups de foudre sont négatifs ; cependant la fréquence des coups positifs (particulièrement dangereux) n’est pas négligeable.

Nous savons aussi qu’il est erroné de croire que la foudre ne frappe que de mai en septembre, car la foudre frappe le sol toute l’année et en hiver les coups positifs sont relativement fréquents.

Durant l’année 1999, la foudre a déjà frappé plus de 1 000 000 de fois en date du 25/11/99.

L’année la plus foudroyée entre 1990 et 1998 est l’année 1997 (1 228 592 impacts), immédiatement après 1994 (1 228 261 impacts).

Météorage peut fournir des informations extrêmement intéressantes, notamment  :

– l’évaluation du risque foudre sur un site donné permet au demandeur de prendre les mesures appropriées pour la protection permanente des personnes et des installations

– l’alerte et la surveillance renseignent sur le risque à très court terme de foudroiement ; les personnes ou installations peuvent donc être épargnées grâce à des moyens et techniques adaptés, dont la mise en œuvre peut être faite sans délai

– l’expertise est demandée lorsque l’on souhaite établir -ou au contraire exclure- une relation de cause à effet entre un impact (ou plusieurs), et un accident faisant l’objet de litige(s).

7. Aspects statistiques, épidémiologiques, physiopathologiques et cliniques des foudroiements humains en France

7.1. Données statistiques  

Décès

Les données sur les décès dus à la foudre sont issues de l’INSEE -Institut National de la Statistique et des Etudes Economiques- (de 1942 à 1968), et de l’INSERM -Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale- (à partir de 1968).

La presse quotidienne, régionale et nationale, constitue aussi une source très riche de données, puisqu’elle signale, pour ainsi dire en temps réel, la plupart des cas de foudroiement (en tout cas, tous ceux qui ont nécessité l’intervention de secours d’urgence).

A la fin du 19è siècle en France, selon Le Grand Larousse du XIXè, le nombre annuel moyen de morts par la foudre était de l’ordre de 70.

A la fin du XXè siècle, il ne dépasse pas 10 (source : INSERM).

Même en admettant une sous-estimation du nombre de cas, le foudroiement apparaît comme un accident rare, dont l’incidence des cas mortels a diminué durant le XXè siècle.

On constate, aux États-Unis, une décroissance des décès dus à la foudre tout à fait comparable, après standardisation sur la population.

En revanche, pour les cas non mortels, cette décroissance est de bien moindre importance.

Les deux principaux facteurs de décroissance des foudroiements mortels sont les modifications démographiques (exode rural) et le développement considérable de la médecine d’urgence. On admet aussi que les recommandations de protection sont actuellement mieux connues qu’elles ne l’étaient au siècle précédent.

La courbe des décès est par ailleurs très chaotique, et, même sur une courte période (durant les 19 dernières années, 1979-97), les différences entre année sont notables. Le dernier pic enregistré date de 1994 (15 décès). L’été 1994 a été chaud et orageux comme en témoigne le nombre exceptionnellement élevé d’impacts enregistrés cette année-là par Météorage (réseau national de localisation et détection des orages).

Foudroiements non mortels

Il est difficile de chiffrer avec exactitude le nombre de foudroiements non mortels en France.

Si l’on se base sur le taux de mortalité actuellement admis (10%), on peut estimer que sur quelque 100 foudroyés par an en France, 90 survivent.

Selon les constatations cliniques publiées et ce que l’on sait de la physique de la foudre, une des causes considérée comme la plus fréquente de décès immédiat par la foudre est l’électrocution par fibrillation ventriculaire. Il a été considéré que la probabilité moyenne de survenue d’une fibrillation, et donc celle de décès, était de 30%. Cette probabilité s’applique aux coups de foudre directs, et ne tient pas compte des cas où les victimes sont secourues et réanimées efficacement.

Aujourd’hui on a tendance à considérer que le risque de décès immédiat par la foudre est compris entre 10 et 20%.

D’après M.A. Cooper , médecin d’urgence, spécialiste des foudroiements aux États-Unis, la mortalité serait plus vraisemblablement de 3 à 5%.

7.2. Données épidémiologiques

Les foudroiements humains se produisent le plus souvent à l’extérieur. La plupart des gens savent qu’il est très dangereux de s’abriter sous un arbre par temps orageux…C’est pourtant à proximité d’un arbre que se produisent bon nombre d’accidents.

Dans l’ensemble, les accidents se produisent

– à distance des zones d’habitation,

– au cours d’activités de sport, vacances et loisir,

– pendant les deux mois les plus orageux de l’année (juillet et surtout août) qui sont aussi les mois de vacances,

– avec prédilection dans les zones qui reçoivent en moyenne le plus grand nombre d’impacts au sol, au Sud d’une ligne reliant Bordeaux et Strasbourg (le sud-est étant de loin la zone la plus foudroyée de France).

La cartographie des décès cumulés sur plusieurs années, répartis par département, est assez comparable à la carte départementale de l’activité orageuse, exprimée en densité de foudroiement.

Selon les données des années 1979-1997, les victimes de foudroiement mortel sont avant tout des adolescents et adultes jeunes (plus de 60% des cas), et de sexe masculin (82%).

Les foudroiements graves (décès ou séquelles cérébrales hypoxies) sont des accidents survenant en général dans des zones isolées et difficiles d’accès (montagne).

Le fait d’être seul, ou en compagnie d’un témoin hors d’état d’effectuer les gestes de secourisme et d’alerter un médecin, est un facteur aggravant.

Les foudroiements de groupes de personnes, proches les unes des autres au moment de l’impact, peuvent revêtir les caractéristiques d’une catastrophe médicale.

On dit, et cela est vrai, que la foudre frappe au hasard (on ne peut prédire quelle sera sa cible finale), mais il est aussi vrai que les personnes qu’elle frappe sont toujours en situation à risque (camping, randonnées à pied ou à vélo, sports de montagne…), constituant des cibles idéales.

Les foudroiements de personnes à l’intérieur d’une maison surviennent surtout en milieu rural, dans des circonstances particulières telles que l’usage du téléphone.Avant tout accident de sport et loisir, ou accident associé à une activité de la vie quotidienne, le foudroiement peut aussi être un accident du travail et dans ce cas, les branches d’activité les plus touchées sont le bâtiment et l’agriculture.

7.3. Éléments de physiopathologie du foudroiement

L’emploi des termes corrects (voir : 2. Définitions) dont il est utile de connaître les équivalents anglais, facilite l’interprétation des dossiers et comptes-rendus, d’autant que les foudroiements risquent d’avoir des conséquences médico-légales (mort violente sans témoin, séquelles tardives chez les survivants).

Électrisation et électrocution sont des termes génériques, l’un s’applique aux conséquences du passage de courant (quel qu’il soit) à travers le corps, l’autre signifie électrisation mortelle. Un foudroiement est une électrisation par le courant de foudre. On précise ” foudroiement mortel ” en cas de décès directement lié à la foudre.

Le courant de foudre qui traverse le corps humain est l’arc en retour, courant issu de la connexion d’un précurseur descendant du nuage orageux vers le sol et d’une prédécharge ascendante, née au niveau de la partie la plus élevée et proéminente du corps. Nous n’envisageons que le cas de figure de loin le plus fréquent en France : le coup de foudre dit descendant, négatif, avec arc en retour.

L’arc en retour est un courant impulsionnel très bref se terminant par un courant persistant. Le pic impulsionnel atteint (valeur médiane) 30 000 ampères (A).

On peut expliquer schématiquement le mode de foudroiement d’une personne. Supposons qu’une personne, debout, pieds au sol, soit foudroyée.

Le trajet du courant à travers le corps s’effectue entre les points d’entrée / sortie du courant, localisés à la tête et aux pieds.

Décomposons de façon très simplifiée les événements qui se produisent à vitesse extrême :

a) Le courant traverse le corps dont la résistance totale en de telles conditions est faible, soit environ 300 ohms.

b) La différence de potentiel entre les deux points d’entrée/sortie du courant (tête/pieds) atteint une valeur de 300 kilovolts (kV), qui correspond à peu près à un potentiel suffisant pour qu’un arc soit amorcé entre les deux points de contact, à l’extérieur, à la surface du corps, entre peau et vêtements. Selon la loi d’Ohm, le corps est parcouru par une décharge impulsionnelle dont le pic atteint 1 000 A, en 1 ou 2 microsecondes.

c) La très grande majorité du courant s’écoule tout naturellement dans l’arc de contournement externe qui vient d’être amorcé (chemin de moindre résistance). La différence de potentiel entre les deux points de contact (tête-pieds) diminue et n’est plus que de 3 kV environ. Selon la loi d’Ohm, le courant traversant le corps est donc au maximum de l’ordre de 10 A (en moyenne 3 ou 4 A), pendant au moins quelques millièmes de seconde.

Rappelons que cette séquence est simplifiée, car on devrait, pour être tout à fait exact, tenir compte du courant initial de la prédécharge ascendante (qui traverse pendant quelques dizaines de microsecondes le corps en cas de coup direct). De plus, il conviendrait de considérer qu’un coup de foudre peut être composé de plusieurs décharges successives, avec des courants persistants plus ou moins longs, de sorte que la durée totale d’un foudroiement peut atteindre plusieurs dizaines ou centaines de millisecondes (jusqu’à une seconde).Actuellement, nous retenons la conclusion suivante :

L’écoulement de la majeure partie du courant dans l’arc de contournement externe (donc à l’extérieur du corps) et la durée en général très brève du passage de courant dans le corps ont un effet protecteur, limitant le risque de fibrillation ventriculaire et de brûlures électrothermiques internes.

Attention : L’arc de contournement ne se produit que si le coup de foudre a une énergie suffisante. Par exemple, lors d’un coup de foudre ascendant d’énergie habituellement modérée, l’arc de contournement peut ne pas se produire ou se produire avec un certain délai. Les coups ascendants se produisent essentiellement sur les pics montagneux et les tours.

Tout foudroiement est associé à un effet de blast plus ou moins important et peut occasionner des traumatismes par projection et chute, parfois d’un lieu élevé. 

Les différents mécanismes physiques du foudroiement.

L’arc de contournement que nous décrivons, pour plus de clarté, associé à un coup de foudre direct se produit aussi bien lors des foudroiements dits indirects, en particulier les foudroiements par éclair latéral et tension de contact.

Un quatrième mécanisme dont le rôle est important lors des foudroiements de groupes est la tension de pas.

Enfin, récemment, le champ magnétique de la foudre a été mis en cause par M. Cherington. Nous avions démontré (1997) que ce champ, dans les cas habituels, ne pouvait induire d’effet dangereux sur l’homme.

– Le foudroiement direct :

Le courant de foudre s’écoule entre un point proéminent du corps et les pieds en contact avec le sol  ; le foudroiement peut se produire via un objet tenu à la main et brandi en l’air, tel un parapluie.

La question de savoir s’il faut retirer ou non les objets métalliques (bon conducteurs) portés sur le corps (et surtout sur le haut du corps) est souvent posée. En effet, on sait que la foudre (comme tout courant électrique) choisit le trajet de moindre résistance.

On recommande, par temps d’orage, de poser à côté de soi tout objet métallique faisant saillie (porté sur le corps ou tenu à la main) – tel un piolet – car sa présence pourrait faciliter le passage du courant de foudre à travers le corps.

En ce qui concerne les autres objets, en particulier les bijoux portés au cou (chaîne), nous ne pensons pas utile de perdre du temps précieux à les quitter à l’approche de la foudre. Il est préférable d’utiliser le court laps de temps dont on dispose à gagner une zone de moindre risque et se placer en position de sécurité (position accroupie ou couchée sur le côté, recroquevillée, jambes et pieds joints, tête rentrée dans les épaules, bras croisés au-dessus de la tête, ou fléchis avec mains sur les oreilles)

– le foudroiement par éclair latéral :

Ce type de coup de foudre se produit par exemple lorsqu’une personne s’abrite sous un arbre, lui-même foudroyé ; le courant est alors dérivé du tronc d’arbre vers le corps de la personne.

– le foudroiement par tension de contact (ou tension de toucher) :

Ce type de foudroiement se produit lorsqu’une personne touche (ou s’appuie contre) un objet conducteur lui-même traversé par le courant de foudre (il peut s’agir d’un tronc d’arbre, d’une clôture, d’une conduite métallique, etc.)

– le foudroiement par tension de pas :

Lorsque la foudre frappe le sol en un point, le courant s’écoule dans le sol en créant un gradient de potentiel  d’autant plus important que la résistivité du sol est élevée.

Une personne debout, pieds au sol, est soumise à une différence de potentiel d’autant plus élevée que l’écart entre les pieds est important et que la distance par rapport au point d’impact est faible.

Ce mécanisme explique qu’un groupe de personnes dispersées sur un terrain (foot par exemple) soient simultanément foudroyées. Dans les cas les plus favorables, le courant passant d’un membre inférieur à l’autre produit ce qu’on appelle une kéraunoparalysie (voir plus loin).

Il faut se méfier de la tension de pas sur tous les types de terrain, accidentés ou non ;

il faut s’en méfier aussi sur les plans d’eau.

Chez l’animal (quadrupède), ce mécanisme est très dangereux : la distance entre pattes avant et pattes arrière est relativement grande et le cœur est situé sur le trajet du courant. Des troupeaux entiers peuvent être tuées par la seule tension de pas.

7.4. Manifestations cliniques

Les foudroiements ont été bien décrits cliniquement. Le médecin dispose d’une série de repères pour affirmer le diagnostic de foudroiement. En revanche, la pathogénie de certaines complications et séquelles neurologiques et psychiques (les plus fréquentes) reste obscure, en tout cas discutée.

Le mécanisme du décès par foudroiement direct et le seuil létal en terme d’énergie font toujours l’objet de recherches par les spécialistes.

Au fil de l’énumération quelque peu impressionnante des lésions caractéristiques des foudroiements, se dessine le portrait du foudroyé qui est tout à la fois un électrisé, un blasté, un traumatisé, un brûlé, et un ” choqué ” (plan psychique). 

7.4.1. Le décès par foudroiement

Le décès immédiat par foudroiement peut résulter de l’un des trois mécanismes initiaux suivants, fibrillation ventriculaire, asystolie ou inhibition des centres respiratoires. Seule une réanimation cardiorespiratoire immédiate et efficace, relayée le plus rapidement possible par l’intervention d’une équipe médicalisée, peut sauver les victimes en arrêt cardiorespiratoire ou leur éviter les graves séquelles d’une hypoxie cérébrale.

Parmi les causes de décès immédiat ou secondaire, on ne doit pas sous-estimer les effets du blast et des violents traumatismes sur l’encéphale et/ou sur d’autres organes (hémorragies, ischémie).

Le décès peut survenir secondairement, chez un blessé dont le coma s’aggrave, dans le cadre d’une défaillance multisystémique.

7.4.2. Manifestations cardio-vasculaires et pulmonaires

A part l’arrêt cardiorespiratoire initial, le courant de foudre traversant le coeur, peut provoquer différents types d’arythmies ventriculaires et supraventriculaires. La fibrillation auriculaire, assez souvent citée, peut persister à titre de séquelle.

Les autres troubles fréquemment cités sont les anomalies tensionnelles, les anomalies électrocardiographiques qu’il s’agisse de troubles transitoires et non spécifiques de la repolarisation, d’anomalies évoquant une ischémie-lésion sous-épicardique, ou même de réels infarctus avec onde Q de nécrose.

Une élévation modérée des enzymes (créatine phosphokinase, fraction MB,…) est possible en dehors de toute lésion cardiaque, compte tenu de la fréquence des traumatismes musculaires squelettiques.

Sur le plan pulmonaire, on décrit surtout des oedèmes (qui peuvent être dus au blast) et des contusions qui peuvent être graves.

7.4.3. Manifestations neurologiques et psychiques

Ces manifestations sont d’une grande fréquence. Certaines sont immédiates et transitoires, d’autres sont retardées et persistantes.

La perte de connaissance est très fréquente, de la perte de connaissance brève avec reprise spontanée à la perte de connaissance prolongée qui fait aussitôt penser à un arrêt cardiorespiratoire. Un coma prolongé en dépit de la réanimation intensive est généralement le fait d’une encéphalopathie hypoxique.

Chez un foudroyé dont l’état neurologique se détériore, le recours à l’imagerie cérébrale, à présent systématique, peut identifier une ischémie, un hématome intracrânien.

Des lésions du rachis, en particulier cervical, sont à rechercher systématiquement.

Des convulsions sont possibles en cas de foudroiement grave mais elles cessent avec l’amélioration de l’état.

De nombreux autres troubles neurologiques peuvent se manifester : syndromes douloureux, parésies, paresthésies, hémiplégie, tétraplégie, paraplégie, troubles du langage, ataxie cérébelleuse.

Une amnésie (plus souvent antérograde que rétrograde) associée à une confusion est fréquente et typique ; elle peut persister plusieurs jours.

Une très grande variété de symptômes tels que anxiété, agitation, sensation d’avoir été assommé, céphalées, troubles de l’humeur, du sommeil, phobie des orages, troubles de la personnalité, fatigue, troubles de la mémoire et de la concentration, troubles dépressifs, plaintes psychosomatiques diverses, peuvent se manifester dès le foudroiement et s’organiser en syndrome de stress post-traumatique qui nécessite une approche spécialisée et précoce et un soutien prolongé. La méconnaissance d’un syndrome de stress post-traumatique ou une prise en charge par des non-spécialistes en aggrave les conséquences socioprofessionnelles et familiales. On a pu comparer ce syndrome de stress post-traumatique à celui des victimes d’attentat.

D’après une étude hollandaise récente, il semblerait que certains troubles neuropsychologiques ne répondant exactement aux critères du syndrome de stress post-traumatique et ne pouvant être rapportés à une hypoxie cérébrale, soient plutôt en relation avec une atteinte directe du système sympathique par le courant de foudre (dysrégulation sympathique).

Un autre trouble neurologique typique et fréquent chez le foudroyé est la kéraunoparalysie, paralysie complète et transitoire (quelques minutes ou heures) d’un ou des deux membres inférieurs, voire des membres supérieurs, ou des quatre membres. Les pulsations artérielles ne sont plus perceptibles, la peau est froide, plus ou moins moite et marbrée.

Les kéraunoparalysies signent en général un mécanisme par tension de pas ; elles ne sont pas si bénignes que cela puisqu’elles peuvent occasionner des complications ou des accidents en série. Deux exemples suffiront : le nageur dont les quatre membres sont paralysés risque une noyade secondaire, le randonneur maintenu au sol, paralysé, demeure exposé à la foudre, et ne peut porter secours à ses compagnons…

L’absence d’amélioration de ce qu’on a supposé être une kéraunoparalysie doit orienter entre autres vers une atteinte médullaire.

Enfin, les myélopathies sont rares mais classiques. Elles se voient plutôt à la suite de foudroiements ayant des facteurs de gravité initiaux (perte de connaissance, brûlure céphalique…). L’apparition éventuellement insidieuse des troubles cliniques retarde le diagnostic. L’absence d’images anormales sur le scanner ou la RMN au début de l’évolution est possible.

7.4.4. Brûlures et marques cutanées

Pour les raisons signalées plus haut, il est très rare si ce n’est exceptionnel d’être confronté à des brûlures internes (musculaires) similaires à celles que provoquent les électrisations par courant haute tension de fréquence industrielle (50/60 hertz).

Les brûlures présentes chez la plupart des foudroyés ont surtout un intérêt diagnostique puisqu’elles représentent, avec le marquage kéraunique, autant de signatures du courant interne de foudre et de l’arc de dérivation externe. Les brûlures suivantes sont typiques (surtout si elles sont associées entre elles) :

– Petites brûlures cutanées profondes, circonscrites (points d’entrée ou sortie du courant)

– Brûlures linéaires superficielles, correspondant au passage à très grande vitesse de l’arc de contournement, localisées surtout aux parties du corps susceptibles d’être humides

– Les brûlures par arc, plus étendues

– Brûlures dues au contact d’objets métalliques portés à haute température, tels que chaîne, bracelet, pièces de monnaie,…qui sont partiellement fondus, ou même vaporisés.

– Enfin, on classe à part les marques érythémateuses arborescentes en forme de feuille de fougère et auxquelles a été appliquée la théorie fractale. On les appelle aussi figures de Lichtenberg et elles sont pour ainsi dire pathognomoniques. Elles témoignent de l’amorçage de l’arc de contournement externe et sont volontiers situées à la partie haute du corps. Elles ne blanchissent pas à la pression et disparaissent très rapidement.

7.4.5.Lésions par effet de blast et traumatismes

La lésion par blast la plus typique sinon la plus fréquente est la perforation du tympan, uni ou bilatérale (cf. lésions auditives).

La chute par projection violente de la victime est un effet du blast, tout à fait typique. Il est possible que nous sous-estimions son importance, dans les cas où manque un témoignage crédible.

Les fractures du crâne, du rachis ou des membres ne semblent pas très fréquentes, pourtant on ne saurait les exclure d’une énumération des lésions typiques de la foudre.

Les lésions (dilacérations, contusions) des tissus mous et viscères intéressent aussi bien le coeur, les poumons, le cerveau que l’intestin…Les hémorragies internes et ruptures d’organe jouent un rôle important dans les évolutions secondaires fatales.

Nous plaçons ici les dommages matériels associés aux lésions corporelles. Nous voulons parler des vêtements du foudroyé qui peuvent littéralement exploser sous l’effet de l’hyperpression brutale liée à l’arc qui s’engouffre entre la peau et ceux-ci. Ils sont partiellement déchiquetés, déchirés, troués, et roussis et parfois franchement brûlés. Il en est de même des chaussures. La matériel transporté par le foudroyé peut aussi subir des dommages à examiner en détail. Pour terminer, les objets appartenant au foudroyé (vêtements, appareil photo, montre…) et structures de l’environnement immédiat (tronc d’arbre…) devraient aussi être soigneusement examinés.

7.4.6. Troubles auditifs et oculaires

7.4.6.1.- Les lésions typiques de l’appareil auditif

comprennent la perforation du tympan, des atteintes variables, responsables de surdité, des acouphènes, vertiges, et troubles de l’équilibre. Certaines ruptures tympaniques seraient dues à la seule action du courant passant par le conduit auditif. L’oreille, en tant qu’orifice naturel de la partie supérieure du corps, est en effet exposée à tous les effets de la foudre, et pas uniquement au blast. L’examen complet de l’oreille du foudroyé est systématique.

7.4.6.2.- Parmi les lésions oculaires très variées, il faut retenir, les troubles visuels immédiats tels que la photophobie, les lésions conjonctivales et cornéennes (qui persistent parfois), les atteintes de la rétine (hémorragies, trou maculaire) et la très classique cataracte volontiers bilatérale dont la fréquence est peut-être sous-évaluée (l’atteinte cristallinienne étant progressive). Pour mémoire, les anomalies pupillaires initiales ne sont pas forcément péjoratives car elles pourraient être dues à une perturbation momentanée de l’innervation intrinsèque (sympathique et parasympathique) de l’oeil.

Tout foudroyé doit avoir un examen oculaire complet et l’on conseille un suivi régulier pendant au moins 18 mois.

Les foudroiements non mortels sont, dans la majorité des cas, compliqués de séquelles, principalement neuropsychiques et sensorielles.

8. Recommandations pour la prise en charge des foudroyés

Les recommandations essentielles ont été données lors de l’énumération des principales complications des foudroiements. Nous rappelons quelques principes.

– Les foudroyés dont l’état initial est grave (arrêt cardiorespiratoire) nécessitent naturellement des secours immédiats (réanimation cardiorespiratoire de base) et le relais doit être pris au plus vite par une équipe de secours médicalisée.

– Les principales difficultés de la prise en charge en urgence des foudroyés proviennent de l’isolement du lieu de l’accident, éloigné de toute habitation.

– Les foudroiements les plus graves sont très certainement ceux qui se produisent en montagne, en raison des lésions associées possibles dues aux chutes, au froid…, en raison aussi des difficultés d’accès au lieu de l’accident accrues par les conditions météorologiques défavorables.

– Le foudroiement d’un groupe entier de personnes posent pratiquement les mêmes problèmes qu’une catastrophe médicale, surtout s’il se produit en montagne.

– De façon générale, aucun foudroiement ne doit être considéré bénin. Des complications peuvent se manifester dans les 24 ou 48 heures, voire plus tard. Il faut en informer le patient, ses proches et son médecin traitant.

Même dans les cas dits ” bénins “, il convient d’examiner complètement la victime, et de la surveiller (activement) au moins 24 heures en milieu hospitalier. Tout foudroyé doit être examiné sur les plans ophtalmologique et otologique avant sa sortie (détection d’anomalies, et intérêt de disposer d’un dossier initial en cas de séquelles tardives).

– Dans tous les cas, le médecin d’urgence doit rechercher et noter des signes typiques de foudroiement.

On peut en général reconstituer les circonstances du foudroiement grâce à la victime et/ou aux témoins.

Dans certains cas, il peut être nécessaire de demander une expertise auprès de Météorage.  

10. QUELQUES REFERENCESy Sociétés savantes *- Physique et protection foudre – Perturbations électromagnétiques (risque, moyens de protection) –

1=> Société des Electriciens et Electroniciens SEE

48 rue de la Procession 75724 Paris cedex 15 – Tél. 01.44.49.60.00

cercle SEE 25-50 ” foudre “présidé par M. André Bonamy, Ingénieur -chercheur protection foudre- EDF, Direction des Etudes et Recherches, Les Laboratoires du Génie Electrique

Les Renardières, BP1, 77250 Moret-sur-Loing – tél 01.60.73.66.40.

2=>Association Protection Foudre (APF) (pour information/conseils de protection)

M. Jean Le Penven Président / M. Claude Gary**, Vice-Président

62 avenue de Wagram, 75017 Paris – Fax 01.47.66.80.68.

** M. C. Gary est conseiller scientifique honoraire à EDF

3=> Union Technique de l’Electricité UTE (normes)

, 33 ave du Général Leclerc BP23, 92262 Fontenay-aux-Roses Cedex – Tél. 01.40.93.89.24

(Commission UTE/CEF 81, Protection Foudre présidée par A. Bonamy)

* Membre médical : E . Gourbière 

y BIBLIOGRAPHIE

(liste non exhaustive d’ouvrages et articles de synthèse ;

il existe par ailleurs d’excellents articles type ‘cas cliniques + discussion d’après littérature’ rédigés en particulier par des équipes de Samucf actes du symposium médical des deux conférences internationales ” Foudre et Montagne ” 94 et 97, que l’on peut se procurer auprès de la SEE) 

y Références essentielles à l’étude physique de la foudre

1 – M.A. UMAN, ” All about lightning “, 1986, Dover Publications Inc., USA, 167 pp.,

2 – C. GARY, ” La foudre, histoire des connaissances, nature du phénomène, risques et mesures de protection “, 2è édition 1999, Masson Paris, 224 pp.  

y Références plus spécialisées

1 – R.H. GOLDE ” Lightning “, vol I ” Physics of lightning ” (1-496) , vol II ” Lightning protection ” (497-849), Academic Press, 1977, London

2 – D.R. MacGORMAN, W.D. RUST, ” The electrical nature of storms “, 1998, Oxford University Press Inc, New York, 422 pp. 

y Références médicales (physique+physiopathologie+ clinique+ thérapeutique + recommandations de protection)

1 – R.H. GOLDE, W.R. LEE, ” Death by lightning “, Proc. IEE (IEE reviews), Oct. 1976, 123 (10 R) : 1163-1180.

2 – C.J. ANDREWS, M.A. COOPER, M. DARVENIZA, ” Lightning injuries : Electrical, medical and legal aspects “, CRC Press, Boca Raton, Fla, USA, 1992, 195 pp.

3 – E. GOURBIERE, J. LAMBROZO , D. FOLLIOT, C. GARY, ” Complications des accidents dus à la foudre “, dans Actes de Foudre et Montagne 1994 (conférence internationale SEE / CAF), 385-402 (1ère impression) ; ou dans Réan. Soins Intens. Méd.Urg. , 1995, 11(3) :138-161 (4ème impression).

4 – E . GOURBIERE, C. GARY ”   Secours aux foudroyés- Recommandations “, Brochure éditée par Association Protection Foudre, 42 pp, 1995 (vendue par APF, adresse plus haut).

5 – M.A. COOPER, C.J. ANDREWS ” Lightning injuries ” ch. 11 in Wilderness Medicine, P. Auerbach editor, 3rd edition, 1995, CV Mosby Company, St Louis, USA, pp. 261-288,

6 – Chapitre 5 ” LA FOUDRE ” (10 articles, par A ; Bonamy, E. Gourbière (3), F-X. Koch, Ch. Virenque, J. Foray, A. Desbois, H. Brugère, J-M. Schmauch) VIIIè Congrès National du Service de Santé Des Sapeurs Pompiers, (Pr J. Achard) -Angers, juin 1996 – pp 107-139.

7 – E. GOURBIERE, ” Lightning injuries to humans in France “, 11th International Conference on Atmospheric Electricity (NASA), Guntersville, Al., USA, June 1999, 214-217. 

y Traitement d’urgence uniquement

– M.A. Cooper, ” Emergent care of lightning and electrical injuries “, Seminars in neurology, Sept. 1995, 15 (3) : 268-278. 

y Recommandations individuelles de prudence

1 – 20 recommandations de prudence en cas d’orage, dans annexes de l’ouvrage de C. Gary (2è édition, 1999), pp. 203-207 – Ces recommandations sont également disponibles auprès de l’Association Protection Foudre

2. – R.L. HOLLE, R.E. LOPEZ, CH. ZIMMERMANN , ”  Updated recommendations for lightning safety -1998 “, Bulletin of the American Meteorological Society, Oct. 1999, 80 (10) :2035-41.

y Météorologie (prévisions)

– Prévisions 08.36.68.02.+.. (code minéralogique du département)

– 3615 meteo

– Montagne et neige : 08.36.68.04.04 

y Météorage (localisation/ détection des orages)

– http://www.meteorage.com/

– 3617 meteorage

y Consultations pluridisciplinaires

Deux directeurs de SAMU ont mis en place avec leur collaborateurs une consultation pluridisciplinaire pour foudroyés au sein de leur CHU :

– Pr Ch. VIRENQUE (SAMU 31)

– Dr Ph. MENTHONNEX (SAMU 38)

Les foudroyés sont pris en charge à tous les stades de l’évolution par des spécialistes (cardiologue, neurologue, psychiatre…).

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